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Conneries (Société) 18.1.2007

Finkielkraut le Maudit (la scoumoune)

  • Préalable méthodologique

    Bon, je l'avoue, je suis un peu vaniteux (et aussi un peu paresseux). Si j'écoute Répliques, l'émission d'Alain Finkielkraut, c'est pour me sentir plus intelligent sans faire trop d'effort [1]. Mais je revendique la méthode : car je considère qu'une source essentielle des erreurs dans les sciences humaines (trop humaines) est de travailler sur des textes mal maîtrisés, voire incompréhensibles. Ma méthode comporte plusieurs points. (a) Éliminer les mauvaises traductions érigées en dogmes (voir L'idéal de la mauvaise traduction). (b) Ne pas répéter des choses qu'on ne comprend pas soi-même (sans doute un biais nostalgique de la messe en latin). De plus, (c) comme on ne comprend bien que ce qu'on est capable d'expliquer (la science est ce qui s'explique), cela suppose que l'explication soit comprise. Certes, (d) il est possible que l'incompréhension soit du côté de celui qui écoute l'explication. Finkielkraut dirait que le niveau baisse. Mais (e) si on n'est pas capable d'expliquer à quelqu'un qui a reçu une éducation normale, c'est qu'on explique mal ou qu'il faut partir des bases (voir Comment enseigner ?). En outre, (f) quand il est question de compréhension, c'est de soi-même qu'il s'agit, et on devrait être capable de savoir quand on ne comprend pas (voir proposition (b)). A condition cependant (g) de ne jamais faire semblant de comprendre (sans doute pour essayer de ne pas passer pour un imbécile).

    L'émission de Finkielkraut est donc un bon terrain d'étude des erreurs (puisqu'elles sont nombreuses et élémentaires [2]), et j'en ai déjà traité certaines dans des articles précédents (voir en particulier L'affaire Finkielkraut). Mais les erreurs sont plus difficiles à contrer quand elles sont exprimées depuis une position sociale d'autorité (professeur, livre, émission de radio). Sans doute est-ce pour cela qu'on les adopte soi-même, si on se soumet un peu trop docilement, si l'on y a un intérêt (de carrière en particulier), ou si on ne les rejette pas banalement par des anathèmes issus d'une position idéologique adverse ?

    Il arrive aussi, quand on prend le temps d'étudier une opinion adverse ou ce qui paraît être une erreur (outre le fait de pouvoir préciser ou éventuellement de corriger sa propre opinion), de pouvoir finalement y trouver une véritable explication. C'est ce qui s'est produit au cours de l'émission Répliques du 13/1/2007 (un deuxième enseignement apparaîtra dans un article suivant, le mois prochain : Pensée allemande contre pensée française).

L'Affaire Milner

Finissons-en tout de suite avec le suspense. La surprise a eu lieu au cours de cette émission du 13/1/2007, avec comme invités Catherine Clément, et surtout Jean-Claude Milner pour son livre, Les juifs de savoir. Alors que l'émission touchait à sa fin, Milner a cru possible de lâcher une bombe. Comme l'émission portait sur la culture et plus précisément sur l'héritage culturel, on en est naturellement venu à parler du livre de Bourdieu, Les héritiers. Et là, le scandale :

  •  – J. C. Milner : « J'ai ma thèse sur ce que veut dire 'héritiers' chez Bourdieu. Les héritiers, c'est les juifs ! » – C. Clément (amusée) : « Vous croyez ? »
     – J.C. Milner : « Je crois que c'est un livre antisémite. »
     – A. Finkielkraut (embarrassé) : « Ah bon ? Houlala ! Houlala ! Écoutez, [rires de C. Clément] comme vous le dites très brutalement, et peut-être faudra-t-il consacrer une autre émission à cette question... à cette question-là. Vous nous plongez dans une certaine... »
     – J. C. Milner : « Je... je laisse de côté ce point mais ... »
     – A. Finkielkraut : « Oui, oui, laissez-le de côté. »

Au cours de l'émission, Milner venait juste de se démarquer de la conception de Finkielkraut de l'héritage comme source de culture, pour lui préférer l'identité culturelle personnelle. Mais les délires verbaux du judéo-lacanisme du même Milner ont abouti finalement à cette conclusion qui le discrédite totalement et, on peut le craindre pour lui, définitivement.

Le biais fondamental de cette séquence vient surtout de la politesse mondaine, sur laquelle le même Finkielkraut avait même fait une émission quelques mois auparavant. Soyons clair, Finkielkraut aurait dû au moins réagir par quelque chose comme : « Là, tu déconnes ! ». Ce qui serait même une forme encore trop polie pour ne pas dire : « Casse toi de mon émission, pauvre débile ! ». Car la politesse a aussi des inconvénients. Il s'agit plutôt d'un corporatisme d'intellectuels ou de professeurs qui consiste à ne pas contredire directement un collègue [3]. Notons cependant que Finkielkraut ne se gêne guère pour insulter les jeunes de banlieue malgré ses prétentions républicaines (ce qui valide bien mes articles Feu la république 1, 2, et 3). L'équité tendrait à me faire considérer qu'il existe aussi des patrons voyous et des professeurs racailles.

Le problème avec les universitaires est qu'on passe vite de la politesse au registre de l'empathie : Catherine Clément, qui apparemment s'est reprise après en être restée sans voix, s'abaissa à déclarer pitoyablement : « ...Donc je comprends aussi pourquoi il peut comprendre dans la mise en cause des héritiers, je comprends comment il peut y voir une forme de glissement vers un antisémitisme possible, ...je comprends comment la voie est possible, j'étais sous le choc de cette pensée-là, vous aurez beaucoup de mal à me faire... ». Même Finkielkraut, qui avait vraiment peu réagi sur le coup, mais on le comprend, s'est repris en l'interrompant pour donner enfin son interprétation :

« ...Moi, je ne lis pas du tout Les Héritiers de cette façon-là. Je crois que Albert Thibaudet parlait dans La République des professeurs ,... opposait les héritiers aux boursiers, félicitant la République justement d'ouvrir l'héritage aux boursiers et le propos de Bourdieu,... c'est son propos explicite, mais je crois que l'explicite est fort... est déjà contestable, c'est de dire en fait il n'y a pas de boursiers, l'école est faite pour justement pour permettre aux héritiers de former l'élite et en fait, l'école, ce n'est pas de la démocratie, c'est de la cooptation. Voilà mais encore une fois, c'est un débat qu'il faudra sans doute ouvrir... ».

Ce qui est une relativement bonne rectification. Mais une question se pose, puisqu'il est question de juifs. Que doit-on dire face à des propos antisémites ? Doit-on dire : « Vous croyez ? » ou « Ah bon ? Houlala ! Houlala ! Écoutez, comme vous le dites très brutalement, et peut-être faudra-t-il consacrer une autre émission à cette question... à cette question-là. Vous nous plongez dans une certaine... ». Mais ici, il ne s'agit pas de propos antisémites. Après le fantasme du complot juif, voilà où mène l'obsession d'un complot antisémite venu de l'extrême gauche, de l'abbé Pierre, d'Edgar Morin. En fait, les délires verbaux oublient tout simplement la réalité (« quelle réalité ? », diraient les lacaniens) : par exemple, celle des antijudaïques (comme l'abbé Pierre donc) qui ont aidé des juifs pendant la guerre (en risquant leur peau) ou qui ne les ont pas dénoncés, parce que ça se fait pas. Mais on ne va pas se vautrer dans le droit-de-l'hommisme larmoyant.

Assez ri !

Bon. Les petites phrases ne sont pas vraiment ma tasse de thé, même quand elles sont vraiment risibles. Je ne m'arrête pas aux mots (voir Les mots ne sont pas si importants). Cette conversation a dérapé sur la fin, mais le reste était beaucoup plus significatif méthodologiquement parlant. Car on en est arrivé là tout simplement parce que Finkielkraut venait de refaire sa harangue hebdomadaire [4] sur la baisse de niveau (voir aussi L'Affaire Finkielkraut), et plus spécialement sur l'héritage.

Tout le monde comprend ce qu'est l'héritage culturel. L'héritage dont Finkielkraut semblait se revendiquer au cours de cette émission est bien celui des héritiers au sens de Bourdieu. Une traduction en français courant serait plutôt les fils à papa. Ils auraient plutôt la réputation d'être des glandeurs, mais il en existe de bosseurs, et c'est sans doute de ceux-là dont Finkielkraut parle. Mais alors, pourquoi parler d'héritage s'ils sont travailleurs (ce qui, au cours de cette émission, correspond plutôt à la position de Milner, sur le principe de l'appropriation personnelle de la culture). On croyait d'ailleurs que Finkielkraut était favorable à l'élitisme républicain. Bref, une fois de plus, Finkielkraut est totalement incohérent. D'autant que lui-même n'est pas issu d'un tel milieu bourgeois (ni Bourdieu qui en faisait un leitmotiv, ni Milner, comme on l'a appris au cours de l'émission [5]).

En fait, c'est donc bien du Bourdieu, mais contre Bourdieu. L'héritage et la reproduction sociale deviennent une bonne chose pour Finkielkraut. Au mieux, du fait de son refus de la sociologie, il confond les différents sens du mot culture, scolarisation, érudition, civilisation. Finkielkraut aboutit alors à cette ignominie anti-républicaine de souhaiter l'hérédité culturelle (voire de la concevoir même comme génétique), qui confirme donc ce que je disais de sa conception qui dérive de l'élitisme, via l'aristocratie, vers la noblesse [6] (voir L'affaire Finkielkraut).

Bourdieu antisémite ?

Essayons quand même de trouver un semblant de cohérence à cette position milnérienne, « comment il peut y voir une forme de glissement vers un antisémitisme possible », disait Catherine Clément. La position de Bourdieu et Passeron consiste à dire que l'école légitime la cooptation, comme le dit Finkielkraut. Par cette thèse, ce livre, Les Héritiers, correspond assez fidèlement, trop, à la conception marxiste de l'idéologie bourgeoise comme système de mystification sociale. Ce qui n'a donc rien à voir avec l'antisémitisme.

Par contre, cette idée de cooptation peut être considérée comme un masque du népotisme. Ce qui correspond assez bien à la réalité de la haute université (en particulier en médecine et en droit) dans les années 1960. On en a une illustration dans le film Les cousins de Chabrol (où le provincial travailleur est éliminé au profit du parisien noceur). Et cette idée de népotisme serait peut-être à rapprocher du communautarisme juif et du souci traditionaliste bourgeois (pas spécifiquement juif) de la succession professionnelle ou de la carrière de sa progéniture [7]. Mais si ce livre de Bourdieu et Passeron est une critique (euphémisée et marxisée) du népotisme communautaire, il serait aussi celle du népotisme catholique ou protestant [8]. On peut d'ailleurs généraliser aux népotismes partisans (socialistes, communistes, gaullistes, etc.) ou syndicaux, auxquels on peut évidement ajouter les francs-maçons ou tout autre groupe d'influence, les femmes, les gays (de nombreux cas sont notoirement évoqués dans le monde universitaire), les noirs et les arabes aujourd'hui.

Dans ce cas encore, il ne s'agit pas d'antisémitisme. Le problème est général. La critique du népotisme ou du communautarisme peut en outre relever de la jalousie, des ragots, ou de la simple rancoeur. Ces réactions, parfois légitimes, peuvent résulter du fait de n'avoir pas été retenu pour des postes prestigieux et relativement rares (le problème des statuts enseignants précaires serait aussi en jeu). Bref, le monde universitaire est un panier de crabes. On avait bien besoin de la sociologie pour le savoir. On aurait pu se contenter du théâtre de boulevard, mais ce serait moins scientifique [9].

Le problème fondamental concerne bien l'attachement militant personnel de Finkielkraut. Pourquoi émet-il des restrictions à la critique de l'hypocrisie bourgeoise contenue dans Les Héritiers s'il défend la méritocratie républicaine ? Voudrait-il donc vraiment placer son fils dans les institutions où il travaille (France culture, Polytechnique...) ? Où voudrait-il favoriser sa communauté ? Son ami Renaud Camus pourrait remarquer qu'il fait venir de plus en plus de juifs à son émission de France culture.

Antisémitisme et racisme

Toute la question est de savoir si on peut voir l'antisémitisme des années 1930 comme une opposition au népotisme et au communautarisme des juifs (et des francs-maçons), dans un souci de neutralité républicaine. Après tout, c'est bien ce que prétendaient les antisémites (phénoménologie ou ethnométhodologie obligent). Disons que c'est ce qu'ils ont retenu du discours républicain. Or, les juifs, comme Dreyfus, Durkheim, Bergson, Blum, Mendes-France, Aron, pour les plus notoires, s'estimaient intégrés. Leur appartenance communautaire pouvait être considérée comme du domaine privé (et leur népotisme éventuel comme équivalent à celui des autres). Leur attachement à la France était total (voir Le pari perdu d'Alain Finkielkraut). Isabelle Rabineau, comme dans les années 1930, a cru se défendre, quand elle a été attaquée sur ce modèle par Renaud Camus, en rappelant que son émission sur France culture, le Panorama (supprimée depuis), s'appelait en réalité Le Panorama culturel de la France. Mais pour les antisémites, ce n'est jamais assez. Le simple fait d'être juif, de parler d'un thème traitant du judaïsme ou d'un juif, d'Israël aujourd'hui, de faire venir un juif dans leur émission, est considéré comme la preuve qu'on n'est pas intégré, qu'on est communautariste [10].

Cette stratégie assimilationniste forcenée a failli conduire Bergson à se convertir au catholicisme (pour des raisons philosophiques). Mais si elle a même été envisagée par Herzl lui-même, elle n'aurait pas suffi. Pour les racistes, on n'est jamais assez intégré. Les Torquemada (issu de juifs convertis lui-même) y auraient toujours vu une preuve du complot marrane, cher à Edgar Morin (voir mon compte rendu). Le livre de Morin est précisément la vraie réponse au livre de Milner sur les juifs de savoir. Milner vise même Morin comme traitre (voir Spinoza in Morin) sans le préciser nommément. Mais les juifs de savoir de Milner sont bien les judéo-gentils du livre de Morin qui n'a même pas été cité au cours de l'émission sur le sujet.

Le problème en question est bien celui du droit à la différence des minorités dans un ensemble plus vaste (l'empire ?), que traite la devise américaine, e pluribus unum (peu appliquée pourraient dire les marxistes). Cette pluralité réelle est combattue par les républicains qui la considère comme communautariste (on pourra y reconnaître une variante de l'anti-cosmopolitisme des années 1930). Aujourd'hui, c'est bien Alain Finkielkraut qui conteste les droits formels (reste de marxisme ?) et l'intégration des nouveaux émigrés noirs et arabes. Même quand ils sont installés depuis plusieurs générations, voire même les citoyens français des DOM-TOM qui n'ont pas la bonne couleur (pour les békés blancs pas de problème), ils doivent faire la preuve de leur intégration des valeurs chrétiennes laïques républicaines élitistes.

J'avais montré sur ce principe que Finkielkraut et Redeker étaient anti-dreyfusards (voir Le pari perdu d'Alain Finkielkraut). Ce que Milner a démontré par ses propos au cours de l'émission, avant son dérapage final, c'est que ce n'est pas Bourdieu, mais Finkielkraut qui est... antisémite, avec sa conception de l'hérédité culturelle (de style Renaud Camus). Sans doute est-ce la faute de ses mauvaises lectures (comme je l'avais déjà mentionné). Milner a seulement été un peu trop académique, trop poli, ou trop lacanien, pour s'en apercevoir, même si lui et Catherine Clément ont été souvent au bord de révéler le pot au rose. Au fond, la dernière connerie de Milner était peut-être un retour du refoulé freudien.

Évidemment, quand on est antisémite-sauf-pour-les-juifs, cela s'appelle du racisme. C'est d'ailleurs la preuve que c'est bien le racisme qui est la catégorie générale. Le simple fait de parler d'antisémitisme est déjà du racisme. Le racisme (comme la Révolution) est un tout. Parfois, et spécialement en matière de racisme, il ne faut pas faire trop de distinctions [11].

En France, le racisme est un délit (voir les textes correspondants).

Jacques Bolo

Bibliographie :

Jean-Claude MILNER, Les juifs de savoir

Pierre BOURDIEU, Jean-Claude PASSERON, Les héritiers

Edgar MORIN, Le monde moderne et la question juive


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Voir aussi :

Notes

1. C'est sans doute pour me racheter que j'écris ces longs articles (Ah ! Maudite éducation chrétienne !). [Retour]

2. Élève Finkielkraut, 2/20, vous êtes nul. Je ne sais pas ce qu'on pourra bien faire de vous. Hélas, l'agriculture ne manque plus de bras. Tiens, je crois bien que vous finirez à la radio ! [Retour]

3. En cas d'opposition entre deux universitaires, la bienséance voudra qu'on déclare simplement : « Certes cher collègue... Mais... », pour continuer en disant exactement le contraire. Et quand on voudra nier complètement une thèse particulière, on dira : « Ce n'est même pas faux ! », par allusion au principe poppérien de réfutabilité. [Retour]

4. On peut considérer qu'il a fondé un parti politique, dont il est le seul membre, mais qui a apparemment de plus en plus de sympathisants. Certes, il en est plus ou moins toujours ainsi pour les journalistes : ils ont toujours une idéologie latente qui s'exprime dans leurs choix. Mais l'usage veut que ce soit masqué par une sorte de neutralité (comme pourrait dire Bourdieu). Ce n'est plus le cas depuis longtemps chez Finkielkraut, et cela empire en ce moment. [Retour]

5. Au moins, on peut admettre que Finkielkraut ne plaide pas pour sa paroisse, sur ce point. Mais que signifie alors cette apologie de l'hérédité culturelle. Une explication des comportements personnels de ces trois personnages (Bourdieu, Finkielkraut, Milner) pourrait précisément être cette banale réalité. Au fond, ils regretteraient de ne pas être des héritiers. Ils bavent d'envie devant les souvenirs d'Emmanuel Berl, qui côtoyait Proust ou Bergson. On le sait, Bourdieu, obsédé par cette question, réduisait souvent toutes les questions qu'il traitait à la possession de codes culturels. Il avouait même sur le tard sa timidité maladive du fait de ses origines (dans une interview récemment dévoilée où il parle de Ségolène Royal). Finkielkraut, de son côté, serait obsédé par la culture et la mission civilisatrice de l'école, d'où la trahison des racailles maghrébines et noires décidément inassimilables. Et cela expliquerait aussi chez Milner cet insupportable accent précieux qui le caractérise (pour corriger son accent de Belleville ?). Beaucoup de linguistes d'ailleurs, qui survalorisent pourtant la langue parlée, ont tendance à abuser d'un langage plus que soutenu entre collègues ou en public. Ce complexe du boursier pourrait expliquer bien des choses. (Pour les amateur d'autobiographisme qui s'intéressent à ma modeste personne voir Modestie). [Retour]

6. Une raison encore plus banale pourrait être tout simplement que Finkielkraut a un fils (à qui il interdit l'usage d'internet !). Il veut sans doute lui transmettre sa charge (au sens de l'ancien régime, on l'aura compris). Son émission peut-être ? [Retour]

7. En sociologie, il est notoire (c'est-à-dire mentionné explicitement, dans les cours et dans les livres) que Mauss est justement le neveu de Durkheim. Mais je n'ai jamais pensé qu'on présentait les choses sous un angle antisémite. D'autres peuvent le voir ainsi du fait de leur propre idéologie. Serais-je trop candide ? Ou d'aucuns auraient-ils vraiment l'esprit tordu ? Les deux peut-être ? [Retour]

8. Le biais essentiel de la théorie de Bourdieu est précisément dans cette euphémisation philosophique et marxiste, alors qu'il critique l'euphémisation bourgeoise. Il s'agit simplement du biais philosophique, sans doute hégélien ou kantien, qui consiste à utiliser des abstractions trop générales fuyant toujours devant le concret. Le capital culturel serait donc simplement le népotisme ! De nombreuses gloses inutiles auraient pu être évitées sur ce qui semble sans doute trop simple à la pratique scientifique (mot dont abusent les marxistes et les sciences humaines par complexe envers les sciences naturelles). [Retour]

9. Notons l'existence d'un excellent feuilleton policier anglais, Morse, qui situe son action à Oxford, et traite quelquefois de ces travers du monde universitaire. L'inspecteur principal Morse y étant lui-même un ancien élève d'Oxford. [Retour]

10. En fait, il faut cependant ajouter une restriction méthodologique de l'ordre de la sociologie. Il est possible effectivement qu'il puisse y avoir une surreprésentation des juifs qui s'apparente indirectement au communautarisme. Concrètement, cela signifie simplement que des juifs peuvent être plus intéressés par les thèmes juifs que les non-juifs. Si on veut corriger ce qu'on peut considérer comme un biais personnel dans une perspective généraliste ou républicaine, il faut accepter de se livrer à une comptabilité (varier les sujets traités suppose de les comptabiliser par catégories). Dans le contexte actuel, et sur cette question, on parle de comptabilité malsaine, antisémite. Cette question se pose aussi dans le cas des minorités visibles (des noirs), pour combattre le racisme en l'occurrence. Mais il semble qu'il n'en soit question sous aucun prétexte pour certains. La sociologie et Descartes (Règle 4 de la méthode de Descartes, voir Méthode) plaident pour le contraire. L'absence d'assimilation de cette pratique méthodologique en France (on connaît la détestation affirmée de Finkielkraut pour la sociologie) est peut-être au fond la seule origine du problème. Ceux qui se livrent à des comptabilités communautaires (sur le mode « Il y a beaucoup de Noirs, d'Arabes, de juifs dans ce quartier ») peuvent ainsi finir par se croire eux-mêmes racistes comme je l'ai envisagé optimistement dans l'article R.A.S, et même le devenir éventuellement par la suite. Pour ceux qui n'admettent pas cette possibilité, un exemple vaut mieux qu'un long discours : « Il y a (avait) beaucoup de Bretons dans ce quartier (de la gare Montparnasse) » ne signifie pas qu'on est anti-Bretons. C'est la différence entre une méthodologie sociologique et une philosophie normative. C'est même l'occasion de discuter sur les identités culturelles (voir Le Bras et Todd, L'invention de la France). Mais apparemment, c'est un peu risqué aujourd'hui. Cependant, considérer qu'il existe une différence entre les Bretons et les Noirs est un peu raciste (NB. Dieudonné est lui-même un métis des deux). En France, le racisme est un délit (voir Textes de loi). [Retour]

11. Puisqu'il est aussi question de philosophie, une origine du racisme réside sans doute précisément dans les opérations intellectuelles de distinction elles-mêmes. La question métaphysique de l'un et du multiple n'est pas si facile à manipuler, spécialement quand on prétend l'identifier à un peuple particulier, comme le fait notoirement Heidegger. Ce dernier a au moins l'avantage d'expliciter ce qui chez certains autres est masqué par des concepts faussement neutralisés (comme dirait Bourdieu). [Retour]


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