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Politique - Février 2014

Syrie : Un djihâd pas casher

Résumé

L'orient compliqué sème la confusion. Les jeunes djihâdistes européens réalisent finalement le projet d'intenvention occidental en Syrie qu'on leur reproche. Le débat "Souverainisme et Droit d'ingérence" est à l'ordre du jour...

Les jeunes européens, en particulier français et belges, qui partent faire le djihâd en Syrie contre le gouvernement Assad vont faire l'objet de poursuites judiciaires. Plus généralement, ils suscitent l'inquiétude devant leur radicalisation et l'expérience militaire qu'ils auront acquise. On comprend que ce soit gênant en termes de sécurité du territoire, au moins pour des raisons logistiques : « la filature 24 heures sur 24 d'un suspect mobilise au total 20 agents » (Le Monde du 24 janvier 2014).

Mais il est quand même bizarre de reprocher à ces jeunes ce que les Occidentaux avaient prévu de faire, inaction qui motive en partie les djihâdistes en question. Cette situation résulte de la position politique ambiguë vis-à-vis de la guerre civile en Syrie. Comme j'ai eu l'occasion de le dire, selon le modèle désormais éprouvé que j'avais appelé le principe Tiananmen, on croit un peu trop facilement que la démocratisation découle d'une manif sympa (Facebook/Twitter pour les « printemps arabes »). Tout dépend en fait de la réaction du pouvoir en place. Ça s'est bien passé en Tunisie, assez bien au début en Égypte, mais pas si bien au Yémen ou à Bahreïn.

L'ambiguïté provient du fait que l'intervention occidentale contre Assad était imminente mais ne s'est pas produite. On avait eu le même phénomène au cours de la première Guerre du Golfe avec la révolte des chiites du sud de l'Irak, mais Saddam Hussein les avait réprimés sans intervention occidentale. Et bien sûr, personne n'est intervenu en Chine en 1989, ni en Birmanie en 2007. Finalement, les interventions qui ont lieu dans le monde concernent des pays sans véritable autonomie militaire. Sinon, il s'agit bien d'une guerre, comme en Irak.

L'autre ambiguïté, réciproque, concerne le fait que les djihâdistes qui s'opposent au régime Assad participent à la nébuleuse Al-Qaïda. Le clivage concerne l'opposition entre chiites et sunnites. On imagine qu'intervient aussi la question du soutien au clan Assad par l'Iran chiite, qui soutient aussi le Hamas et le Hezbollah contre Israël. Mais l'Irak voisin appuyé par les Occidentaux est aussi dominé par les chiites, majoritaires en Irak. Les djihâdistes européens semblent donc vouloir instaurer une république islamique anti-chiites avec l'appui des monarchies du Golfe, alliées des Occidentaux. L'Orient est aussi complexe que l'Occident.

La question judiciaire d'interdiction du djihâd est quand même équivoque, puisqu'elle interdit aux citoyens européens de se rendre en Syrie ou de se battre pour une cause qu'ils croient juste, alors même que cette cause est soutenue officiellement par l'opinion, les médias, et une bonne partie des gouvernements et des partis politiques. On invite régulièrement dans les médias des spécialistes du Moyen-Orient et des opposants ou des réfugiés syriens pour condamner le régime Assad.

Comme je l'ai dit ailleurs : « [Le] terrorisme fonctionne sur le principe : 'il faut faire quelque chose', pour réagir à tout ce qu'on nous montre. » Une minorité aura nécessairement ce genre de réactions. On s'attendait même à ce que les Occidentaux fournissent des armes aux combattants, comme il en avait été question un moment. Mais ça a sans doute eu lieu quand même par l'intermédiaire des pays du Golfe ou de la Turquie.

Le cas de deux lycéens toulousains, âgés de 15 et 16 ans, de retour de Syrie, a fait la une des médias. Ils ont été mis en examen, le 31 janvier 2014, pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». C'est très curieux : ce qu'on semble incriminer est une sorte d'intention future de nuire. Les candidats djihâdistes risquent de se radicaliser en considérant qu'on soutient ainsi le régime syrien. Que font donc quotidiennement les analystes, les politiques et les médias ? Jettent-ils de l'huile sur le feu en provoquant cette mobilisation pour la reprocher à ceux qui y cèdent ?

Il semble que la stratégie actuelle d'Assad soit celle que j'avais décrite dans un article précédent. L'objectif est l'arrêt des combats. Il faut stabiliser les positions et engager les pourparlers entre les belligérants. La communauté internationale aurait dû agir dès le début sur l'axe du maintien de la paix, au lieu de monter la tête à tout le monde contre Assad sans rien faire de concret.

Dans l'état actuel des choses, il serait plus cohérent d'orienter les bonnes volontés vers le soutien humanitaire aux nombreux réfugiés, en à préparant la reconstruction. Sinon, les plus jeunes s'exciteront forcément sur des solutions guerrières et ça arrangera forcément certains.

Jacques Bolo

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