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Politique / Démographie - Janvier 2011

Démocratie : leçon 17

Côte d'Ivoire, Tunisie, Égypte : le sens de la vie

La Côte d'Ivoire et nous

Les événements de l'élection de Côte d'Ivoire sont déjà éclipsés par la Tunisie, et maintenant par l'Égypte. C'est le drame du rythme médiatique. Il semble n'y avoir aucun rapport, et pourtant, si on prend le temps d'y penser un peu, le lien est évident. C'est l'avantage des pays encore sous-développés : les choses y paraissent plus claires, car non masquées par les subtilités qui mystifient les citoyens des démocraties avancées, qui se croient pourtant aussi sophistiqués que leurs boniments, auxquels ils finissent bel et bien par croire.

En Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo a révélé le pot au rose, en refusant d'admettre la victoire de son adversaire, Alassane Ouattara, reconnu par la communauté internationale (qui s'en est mêlé un peu rapidement). Chaque challenger conteste bien sûr les résultats dans la zone du pays qu'il ne contrôle pas. Rien d'étonnant à cela. Nous avons vu que les démocraties avancées comme la France ou les États-Unis ne sont pas irréprochables non plus. Bien qu'en s'alliant au troisième candidat, l'ancien président Henri Konan Bédié, Ouattara ait réussi à constituer une coalition plus représentative, Laurent Gbagbo ne lâche rien.

La vérité du pouvoir consiste précisément dans les places à prendre ou à conserver. Ce qu'on appelle la démocratie se résume à la possibilité de l'alternance et son acceptation par les acteurs en présence. Une explication suffisante de cette crise est qu'il est probable qu'il n'existe pas de positions de repli dans les pays les moins avancés. Mais on voit bien que ce n'est pas aussi clair dans les pays riches. Le principe de chercher à conserver la majorité ne se résume pas, comme on fait semblant de le croire, à un simple « jeu démocratique ». Les tentatives de fraude sont permanentes.

En Côte d'Ivoire, personne ne se fait d'illusion sur le verrou que constitue Abidjan dans le contrôle de la répartition des richesses. Le clientélisme clanique et régional renvoie simplement à une absence de neutralité de l'État. Mais la neutralité renvoie également à un système de légitimation qui atteint parfois ses limites. En France, le chômage structurel (jeunes, vieux, immigrés) a aussi généré un repliement social et provoqué l'arrêt de « l'ascenseur social » qui fondait cette légitimité. C'est cette fin de la neutralité qui explique le népotisme, le cumul ou les discriminations [1].

Ailleurs comme ici, c'est bien de la distribution des meilleures places qu'il est question. Les meilleurs postes ont sans doute été détournés par les élites depuis longtemps. Mais l'illusion persiste et sert quand même de référence à ceux qui ont conservé le « sens de l'État » ou du « service public ». On aimerait croire à la sincérité sur ce point. Le plus souvent, en France, on s'arrange. En Afrique, c'est plus clair.

La Tunisie et nous

En Tunisie, le roi était nu. L'analyse de la question tunisienne n'a pas trop prêté à controverse : le clan du président Ben Ali trustait les postes et la corruption régnait. Cependant, je ne suis pas sûr qu'on puisse dire que toute l'administration de la Tunisie et la police pléthorique étaient la propriété d'un seul clan, ne serait-ce que par le nombre. D'ailleurs, en matière de corruption, quand un mafieux achète un produit de luxe, le vendeur n'a pas besoin de faire partie de la mafia. Mais il en profite. La Méditerranée est réputée laxiste en ce qui concerne les combinaziones (les pays du Nord sont plus discrets). Le clan Ben Ali trustait les meilleurs postes et s'affichait à la manière de nouveaux riches, ce qu'on a surtout reproché à la famille de la femme du président. Plus généralement, la présence de nouveaux privilégiés indique qu'une sorte d'aristocratie se met en place. Mais ce n'est pas mieux quand elle existe déjà [2].

Depuis longtemps, j'ai une position un peu particulière, relativiste, sur la corruption qui règne dans les pays pauvres. On y trouve particulièrement choquante l'existence de riches, et des très riches, alors même qu'on la tolère parfaitement en Occident où l'on semble considérer que la richesse est toujours acquise honnêtement (cf. les vendeurs de produits de luxe à la mafia, et le fait que les capitaux de la corruption du Sud s'exportent vers les banques du Nord au détriment du développement).

Je me souviens aussi qu'une critique des pays communistes consistait à dire que les dirigeants soviétiques avaient des datchas dans la banlieue de Moscou. Et je trouvais alors qu'avoir une maison de campagne ou une grosse voiture n'était pas si scandaleux pour des dirigeants politiques d'un des plus grands états de la planète. On le voit, mon critère n'est pas une sorte de communisme idéalisé qu'on demanderait aux pauvres de réaliser, alors même qu'on sait qu'un des facteurs de la pauvreté (et de la corruption) est le clanisme et le manque d'individualisation, admise chez nous, pour la richesse. J'ai aussi eu l'occasion de dire que pour un dirigeant de pays pauvre, une Mercedes coûte le même prix qu'ici (plus le transport) et qu'il ne va pas se pointer à une conférence internationale en pirogue.

Comble de mon cynisme, le principe de la « corruption » me paraît relever simplement de l'aspect informel des transactions ou d'un manque de maîtrise des trucs financiers parfaitement tolérés dans les pays riches (commissions, notes de frais, exonérations fiscales...). Notons qu'en la matière aussi, depuis les années 1970, les pays pauvres ont fait des progrès. D'autre part, depuis cette époque, les illusions que nous avions sur l'honnêteté des hommes politiques français se sont dissipées. On ne peut plus dire aujourd'hui que la corruption ne frappe que les pays pauvres, les États-Unis (et ses lobbies) et le Japon (qui était connu pour acheter les voix des électeurs). Tous pourris ? Ils ne l'étaient pas tous, mais tous étaient touchés. Voler « pour le parti » ne vaut pas moralement beaucoup mieux que « pour son seul enrichissement personnel ». Car tous les membres du parti en profitent au final. C'est simplement une légitimation par le collectivisme contre l'individuel. C'était donc ça le communisme ?

Mais tout cela concerne des problèmes généraux. Parler de politique n'est qu'une façon de tout réduire à la morale. Ce qui me paraît être du bavardage et de la diversion. Il faut traiter les problèmes spécifiquement. Ici, la question est ailleurs. On va dire que je suis obsédé, mais encore une fois, il me semble que le problème tunisien vient essentiellement de la croissance démographique qui caractérisait le Tiers-monde. La bonne nouvelle est qu'elle s'y est fortement ralentie pour approcher celle des pays développés. C'est certainement le fait de l'éducation des femmes. Mais les jeunes qui ne trouvent pas de travail actuellement sont ceux qui sont nés dans les années 1980-1990. L'intérêt de la science démographique est qu'elle est prospective.

Du coup, ce qui se passe actuellement n'est pas directement la faute de Ben Ali, qui semblait bien parti à l'origine. Ce qui s'est produit est sans aucun doute que les places à prendre se sont raréfiées. C'est donc de cela qu'on parle quand on prétend qu'il faut un certain taux de croissance pour absorber les arrivées sur le marché du travail. Le nombre de bonnes places est toujours limité. Les clans Ben Ali & Cie se les sont réservées progressivement. En France, la fin de la croissance qui était due à la reconstruction d'après-guerre, puis à l'équipement des ménages, a arrêté le recrutement des fonctionnaires, puis leur diminution actuelle. La réduction du nombre d'agents de la fonction publique, qui constituait le modèle de l'élitisme républicain, ressortit d'ailleurs de ce phénomène de fin de la « neutralité bureaucratique » (neutralité du service et du recrutement). Comme solution, j'ai proposé ailleurs ce que j'ai appelé une « décroissance compétitive ».

Je signalais le mois dernier l'erreur de la négation du rôle de la démographie dans les guerres. Le facteur démographique me paraît déterminant dans cette autre « guerre de classes », et des classes d'âges en premier lieu, pour occuper les postes qui devraient en principe être attribués au mérite, dans l'intérêt national (on peut rêver). Mon analyse est que l'illusion républicaine s'est construite seulement du fait des périodes de croissance tant en Occident que dans les pays émergents. On confond, encore une fois, le conjoncturel avec le constitutionnel.

L'Égypte et nous

Avant même que la révolte égyptienne commence, les médias avaient envisagé la contagion au Maghreb, au Machrek, et dans tous les pays arabes. Pour une fois, c'était bien prévu (et ça a permis de replacer la menace islamiste avec les Frères musulmans). Mais cela montre aussi les limites du processus. On peut redouter ce que j'avais appelé le principe Tiananmen, en référence aux événements de Chine qui avaient suivi la chute du mur de Berlin en 1989. J'y avais interprété les manifestations comme une influence des médias occidentaux sur la jeunesse qui croyait sans doute à une sorte de mondialisation immédiate, sans relativisation géopolitique [3]. Les révolutionnaires sous-estiment souvent le conservatisme de la majorité silencieuse. Mais il n'y avait pas Internet et Facebook à l'époque. On espère que cet élément objectif de mondialisation contribuera au succès de la démocratisation. Je renvoie à ce que je disais à l'époque à propos de la Chine :

Pour une grande part, ce qui s'est passé alors est une sorte de quiproquo ! Les jeunes Chinois modernistes ont voulu faire une manif comme à la télé. On a également pu le constater : ils ne savaient d'ailleurs pas trop quoi faire au bout d'un moment. En 1989, le contexte était à la fin ou à la démocratisation du communisme. Mais ça n'a pas été le cas en Chine. Le pouvoir s'est inquiété. L'ironie, d'où le quiproquo, a voulu que l'époque soit pourtant à la modernisation en Chine même. Deng Xiaoping a peut-être craint une nouvelle révolution culturelle, qui lui avait laissé de mauvais souvenirs. Sur le simple plan pratique, la police n'étant pas préparée, on a fait venir l'armée, ce qui a aggravé le problème. Les luttes de pouvoir au sein du Parti communiste chinois ont fait le reste : les conservateurs se sont servis du désordre pour déclencher la répression. Rien que de très classique (partout dans le monde).

Pour la Birmanie, à propos des événements de laquelle j'écrivais l'article en question, je disais : « Tout dépendait donc de la junte birmane au pouvoir ». On peut donc remercier Ben Ali, ou ceux de son entourage qui ne lui ont pas donné les moyens d'une répression totale. On verra ce que fera l'administration Moubarak. Espérons que la géopolitique locale et les grandes puissances ne vont pas envenimer les choses par peur de l'incertitude, comme les conservateurs chinois, puisque finalement, la modernisation objective que manifestait symboliquement le mouvement social s'est quand même produite en Chine.

Je ne vais pas insister non plus sur le rôle de la démographie en Égypte, puisqu'on le connaît parfaitement et qu'on le mentionne même au passage, sans en tirer assez les conséquences. Dans les commentaires, le rôle de la corruption et de la dictature est nuancé par la reconnaissance de certains mérites initiaux au régime de Moubarak. Le soutien des Occidentaux à l'Égypte n'était pas non plus purement orienté contre le peuple, comme les dictatures anticommunistes de la période de la guerre froide. C'est plutôt de la réalpolitik visant à garantir la stabilité en passant la liberté aux pertes et profits. Ce qui me paraît quand même un mauvais calcul, spécialement si on veut combattre l'islamisme ou l'extrémisme en général. Il me semble que la véritable raison en est la corruption qui règne en Occident dans la passation de contrat de ventes d'armes et la concurrence entre les pays du Nord à ce sujet. Peut-être les élites locales finissent-elles par croire que c'est le comportement normal de la part des dirigeants (démocratiques) ! L'exemple vient d'en haut, du Nord.

Sécurité de l'emploi

Si les crises de ce genre résultent de la question du partage des postes de pouvoir, il faut que les insurgés sachent ce qu'ils veulent vraiment pour ne pas braquer inutilement la structure étatique (justice, police, armée) contre eux, comme on l'a vu en France pour les émeutes de 2005. Il faut qu'ils soient conscients de ce à quoi correspond « faire de la politique ». Comme je le disais encore à propos de la Chine :

Quand on fait de la politique, on doit faire une analyse politique de la situation. Mais sans doute les manifestants [chinois] n'en faisaient pas ou n'étaient-il pas conscient d'en faire. Dans ce cas, ils auraient dû simplement soutenir les réformes du gouvernement au lieu de sembler s'y opposer. S'opposer à quoi d'ailleurs ? Finalement, les réformes ont eu lieu. Et la forme autoritaire qu'elles ont prise, et qu'elles continuent de prendre, résulte pour une grande part de l'inquiétude déclenchée par la manifestation de la place Tiananmen.
Si on avait mauvais esprit, on pourrait même penser que cela arrangeait même les Occidentaux de retarder le développement qui s'est produit par la suite, voire même la démocratisation qui favorise toujours la créativité et l'indépendance. Finalement, une Chine autoritaire qui sert d'usine à l'Occident peut être regardée plus favorablement. Ne serait-ce que pour que l'Occident se revendique plus démocratique par comparaison. C'est tout bénéfice. Et les Chinois les plus modernes sont muselés. A l'époque coloniale européenne, en Algérie en particulier, ce sont bien les plus avancés qui étaient persécutés. Les traditionalistes étaient souvent avantagés, car ils maintenaient le communautarisme (qui n'était pas condamné alors). L'attitude actuelle du gouvernement chinois risque de devoir se limiter à autogérer la répression. Et les Chinois les plus compétents peuvent même émigrer aux États-Unis. Triple jackpot !

Le vrai risque politique actuel, dans les pays arabes, réside précisément dans la course à l'échalote de la part des intellectuels démocrates. Un certain nombre milite pour les principes, mais d'autres veulent des postes. Les principes concernent les libertés qui ne coûtent rien, et que les dictatures ont tort de se fatiguer à contrôler au lieu d'investir dans des activités beaucoup plus productives. Car en fait, tout le monde veut un emploi. Ce qui est légitime. La vraie question du partage des postes est de savoir si on veut un job ou le pouvoir, c'est-à-dire des postes prestigieux.

On entend dire que la situation est plus sûre en Tunisie qu'en Égypte parce que la population tunisienne est mieux éduquée. C'est exactement le contraire. La concurrence pour les postes de pouvoir sera plus rude en Tunisie du fait du grand nombre de diplômés. En cas de pénurie, un partage s'impose, comme je l'ai envisagé avec le principe des 35 heures. Ce sera difficile. Et ce n'est surtout pas la France qui peut donner des leçons sur le sujet.

On a vu qu'il existe un risque de guerre en Côte d'Ivoire. Une guerre civile, mais toutes les guerres sont civiles et les nations sont des abstractions destinées à le masquer. J'en veux pour preuve qu'en cas de partition de la Côte d'Ivoire, le commerce entre le nord et le sud du pays reprendrait, comme entre la France et l'Allemagne, entre les États-Unis et le Japon, après la Deuxième Guerre mondiale. C'est une question coût-bénéfice. Les Ivoiriens estiment-ils qu'ils ont plus à perdre ou à gagner dans un conflit qui risquerait de ravager le pays. On voit d'ailleurs que la composante démographique risque de pousser à la guerre la tranche d'âge jeune, notoirement plus bagarreuse. La population est passée de 3 à 21 millions d'habitants entre 1960 et 2010.

Mais on le sait aussi. La véritable question de la prise du pouvoir est de savoir si les nouveaux dirigeants feront mieux que les anciens. On craint que la situation puisse être pire ou simplement décevante devant la lenteur des changements. C'est d'ailleurs la raison du conservatisme et de la prudence allant jusqu'à l'immobilisme. On peut reconnaître dans ce risque l'accusation récente de l'Occident qui concerne le remplacement des colonialistes par des élites locales corrompues. Accusation un peu faux cul et pleine du ressentiment dont on accuse précisément les ex-colonisés. Et l'explication tend actuellement à l'essentialisme. Ce qui n'est pas très glorieux de la part des Occidentaux qui se croient ontologiquement, voire génétiquement, démocratiques. On aimerait en rire. Mais c'est plutôt la déception qui domine aussi envers le Nord.

Comme la propension à la concentration des richesses et du pouvoir est plutôt universelle, la coopération internationale est nécessaire pour y remédier. Ce pourrait être l'occasion d'assurer la sécurité géopolitique que l'on recherche par une pratique commune contre la corruption et la concentration du pouvoir. Ça tombe bien, c'est justement ça la démocratie. Ce n'est pas vraiment le pouvoir du peuple. C'est plutôt l'instauration de mécanismes (plus ou moins efficaces) pour empêcher la concentration du pouvoir.

La lutte contre la corruption peut sembler difficile si on considère les mauvaises habitudes qui ont été prises dans les pays en question. Mais c'est l'occasion de fournir une motivation aux habitants et un modèle à ne pas suivre, puisque les populations concernées savent où cela peut mener. La Côte d'Ivoire, la Tunisie et l'Égypte ont l'occasion de donner au monde un exemple de réformes pour instaurer un État impartial et juste et un partage équitable des postes et des richesses. Ce n'est pas gagné. Mais c'est ça qui est en jeu. C'est de ça dont le monde a besoin. Et il n'est pas dit que tout le monde ait intérêt à ce que ça réussisse.

Jacques Bolo

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Voir aussi :

Notes

1. Dans un autre article, ce mois-ci, je rappelle le cas Zemmour, qui justifie le droit à la discrimination, sans que cela ne soulève plus qu'une réprimande bienveillante de la part du procureur au cours de son procès. [Retour]

2. Dans la République française, la référence reste celle de la vieille noblesse contre les parvenus. On peut en rire. J'ai déjà critiqué dans plusieurs articles l'existence de nombreuses monarchies en Europe, et le fait que tout le monde semble trouver cela normal. [Retour]

3. Bizarrement, les médias ne croient pas à la médiation, ils sont notoirement dans l'immédiateté. C'est aussi le biais des intellectuels qui devraient faire des stages de médiologie auprès de Régis Debray, qui tente tant bien que mal de définir une « science de la médiation » en la distinguant d'une « science des médias ». Comme la médiation a précisément lieu par les médias, c'est mal barré. Il veut certainement opposer les médiateurs que sont les intellectuels traditionnels aux simples journalistes et aux experts qui leur volent la vedette actuellement. Toujours la « lutte des classes ». [Retour]

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