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Culture - Juin 2015

Case départ (2011)

Résumé

À la suite d'un sortilège, pour avoir méprisé l'acte d'affranchissement de leurs ancêtres esclaves aux Antilles françaises, les deux héros sont projetés à l'époque en question.

Case départ : Film réalisé en 2011 par Fabrice Éboué, Lionel Steketee et Thomas Ngijol

J'ai vu un peu tardivement ce film à la télévision. Franchement, un film comique sur l'esclavage, je m'attendais un peu au pire, dans le style des sketches de chansonniers à l'ancienne. Mais la réalisation soignée et une bonne interprétation dans des décors proches de l'authentique posent toujours les bases d'une vraie réussite. Cela pourrait augurer du renouvellement de la comédie à la française, qui se confronterait aux nouveaux sujets dans l'esprit contemporain. Ça pourrait nous changer de la production française actuelle, un peu poussive depuis déjà quelques décennies !

Certes, Fabrice Éboué et Thomas Ngijol en font des tonnes au début, avec les personnages exagérément antagonistes de l'intégré dévoyé et du voyou converti à l'islam, au-delà de la limite de la caricature, mais une fois aux Antilles, le souci réaliste des décors et des situations opèrent une sorte de retour à la réalité qui semble faire écho à la lente prise de conscience des personnages.

Un intérêt de la construction vient du fait que les héros ne sont pas mis en position favorable dans l'époque où ils sont transportés. C'est un point qui pourrait être utilisé davantage dans les fictions historiques. Ce ne sont pas (seulement) des anti-héros, et on peut avoir le point de vue de nos contemporains mis dans une situation où ils n'auraient pas le beau rôle. Ce mécanisme en fait directement mesurer l'écart par le spectateur.

Le décalage, un peu forcé, et le dramatique de la situation n'empêchent pas les deux acteurs comiques, qui ont participé à la réalisation et à l'écriture, de transgresser les tabous. Ils n'épargnent ni n'oublient personne dans leur charge caustique. De fait, ils apportent une réponse cinglante à ceux qui ressassent la rengaine minable selon laquelle, à notre époque, on ne pourrait pas faire ce que faisait Coluche ou Desproges à la leur.

Transporté dans cette période juste antérieure à la Révolution française, on retrouve aussi avec plaisir l'esprit réaliste du film Ridicule, qui nous change du royalisme d'opérette, quoiqu'instructif, des documentaires historiques télévisés de Stéphane Bern et autres Lòrant Deutsch.

On se dit que c'est ce film sur l'esclavage qu'aurait dû faire Dieudonné, au lieu de faire commerce de sa frustration de n'avoir pas pu faire celui sur le Code noir qu'il avait envisagé. L'artifice comique est finalement toujours un contournement des obstacles. On constate donc bien qu'ils existent encore, contrairement à la fausse impression de liberté contemporaine. En principe, c'est aussi ce que devraient permettre de comprendre les décalages historiques comme celui du film.

Jacques Bolo

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