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Cinéma - Avril 2008

La Môme (Olivier Dahan, 2007)

Les critiques cinéma sont-ils vraiment si nuls. Et les professionnels si convenus. On a beau le savoir, chaque occasion de le confirmer provoque une sorte de profonde stupeur. Deux Oscars, quatre BAFTA, cinq Césars, trois Lions tchèques et un Golden Globe pour La Môme, sur la vie d'Édith Piaf, nous rappellent que les prix n'ont décidément aucune signification sérieuse concernant la qualité d'un film. D'habitude, cela signifie plutôt un engagement politique, un hommage pour l'ensemble d'une carrière (et le plus souvent la réparation d'un oubli avant la mort prochaine de l'artiste), ou le fait qu'on n'a pas voulu le donner à quelqu'un d'autre qui le méritait parce que, décidément, ça ferait vraiment mal au cul de lui faire ce plaisir. Il faudrait voir qui étaient les autres concurrents cette fois ou même ceux qui n'ont même pas été retenus. Ou bien, tout simplement, c'est une forme supplémentaire d'avance sur recette pour amortir les frais de production (et les salaires immérités des acteurs), car les films en costumes coûtent cher.

Franchement, donner le César de la meilleure photographie à La Môme est carrément une plaisanterie. Si quelqu'un vous dit que ce film est vraiment trop sombre, ce ne sera pas au figuré. C'est bien qu'on n'y voit rien (voir Le film). Ce n'est pas parce qu'il n'y avait pas de lumière puissante à l'époque que les gens voyaient moins. On aurait pu faire le film en sépia (ou en noir et blanc) si on avait voulu faire d'époque. Amis cinéphiles, un peu de patience. Dans quelques années, on apprendra de la bouche d'un participant que les bobines de film étaient de la récup (d'époque), ou que la caméra était bloquée en position « nuit américaine ».

Un parti pris artistique, faire film muet d'époque, a été d'aller jusqu'à présenter une des chansons de Piaf en version instrumentale, pendant qu'on voyait Marion Cotillard l'interpréter sur scène sans rien entendre. Elle qui se vantait, dans une interview, de la difficulté de l'interprétation en play-back ! Doubler quelques refrains des tubes de Piaf n'a pourtant pas dû être si difficile. Quelle grande actrice ! Je l'avais cru. Elle joue aussi bien en promo qu'au grand écran.

L'autre parti pris artistique consiste à faire des films musicaux qui ne sont que des pots-pourris. Soyons clairs ! Si on apprécie un artiste, spécialement une artiste connue comme Piaf, ce n'est pas pour entendre un pot-pourri de ses tubes. D'abord parce qu'on les connaît. Ensuite parce qu'on les a même plutôt trop entendus. On apprécierait au moins la chanson en entier pour se la remémorer complètement, et pour la faire apprécier à ceux qui ne la connaissent pas (si des parents amènent leurs enfants). L'idéal étant la possibilité de découvrir une face B intéressante. Ce choix marketing est-il de vouloir nous faire acheter la bande-son du film. Le risque est plutôt de nous dégoûter d'acheter les originaux de Piaf.

Le résultat est finalement une sorte de clip vidéo trop long, qui rappelle vaguement le remake américain de Moulin rouge. Si c'était pour décrocher l'oscar du film étranger qui copie ce film américain qui copie un Opéra italien sur un livret français (La Bohème de Puccini), c'est donc réussi (mais sur le Moulin rouge, je préfère French Cancan, réalisé par Jean Renoir en1955).

À moins que ce film ne se réduise simplement à un clip de propagande contre la consommation de drogue. Car dans La Môme, plutôt que son oeuvre, ce qui est montré de la vie d'Édith Piaf (1915-1963) est surtout sa déchéance due à la consommation de morphine.

Admettons donc que tous ces prix inutiles récompensent en fait Édith Piaf à titre posthume. Dans ce cas, peut-être qu'il ne faudrait pas attendre la mort des grands artistes pour leur faire un petit plaisir.

Jacques Bolo

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