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Éducation - Octobre 2013

Le niveau scolaire ne baissera plus

Résumé

Certains se réjouissent que l'on démontre que le niveau baisse. On peut faire quelques réserves, outre celle que le niveau n'a jamais été très haut. Mais il ne faut pas ignorer l'histoire quand on parle de déclin.

Cette fois, ça y est ! Il est démontré que le niveau baisse. Les enquêtes internationales confirment cette impression générale. La France est mal placée.

Le problème des comparaisons internationales est qu'elles risquent aussi de mesurer des choses différentes ou défavoriser tel ou tel pays en le mesurant avec le critère des autres. C'est le cas de la France, puisque les enquêtes utilisent souvent des QCM (questionnaires à choix multiples) qui n'y sont pas en usage. Mais si elles sont reproduites périodiquement, on peut toujours considérer les différences entre deux enquêtes comme valides.

D'autres problèmes existent, comme le révèle le fait que les pays les mieux placés sont la Finlande et la Corée. Leur système éducatif est strictement opposé. En Finlande, les enfants sont « au centre de l'enseignement », comme on dit en France, alors que la Corée pratique le bachotage et la course aux écoles sélectives. Il pourrait exister un biais d'une trop grande indulgence dans le premier cas et de la corruption dans le second. Ou tout simplement, si les deux systèmes opposés produisent le même résultat, il est normal que les autres pays moins extrêmes se distribuent entre les deux. Cela signifierait plutôt que tout revient finalement au même.

Une autre réserve, puisque le classement est justement un des problèmes. Les mesures, spécialement internationales, ne peuvent pas être si précises qu'une différence de plus ou moins 10 % signifie grand-chose. Le système de compétition a instauré l'idée du « winner takes all ». Un seul a la médaille d'or. Mais, avec leurs bons et leurs mauvais jours, tous ceux qui disputent une épreuve olympique sont excellents. Il ne faut pas confondre cette réalité avec la question du niveau.

Un problème des mauvais résultats est que certains semblent se réjouir qu'on leur donne raison. On peut tomber dans le risque de « prédiction créatrice » issue du catastrophisme. S'attendre à un mauvais résultat peut le provoquer. Les jeunes se conforment souvent aux attentes et jouent le rôle qu'on attend d'eux. Si les professeurs n'exigent plus rien des enfants et les méprisent, ce n'est pas très encourageant. Cela pourrait expliquer les bons résultats des systèmes opposés de la Finlande ou de la Corée. Dans ces deux pays, les élèves s'y efforcent de satisfaire les attentes des parents, des professeurs et de la société.

D'ailleurs, l'idée que le niveau baisse, surtout ressassée de la part de professeurs, n'est pas très cohérente. Ils ne semblent pas envisager que c'est un peu de leur faute et que le niveau des élèves indique la qualité de leur enseignement. Cette incompétence méthodologique montre que l'éducation est une chose trop sérieuse pour que l'évaluation du système éducatif soit confiée aux enseignants.

J'ai noté précédemment qu'il pouvait s'agir d'un effet pervers de la théorie de Bourdieu sur l'éducation et la reproduction sociale. Les professeurs confondent leur mission, pour laquelle ils sont payés, et leurs opinions politiques. Ils n'ont pas à s'occuper de la question de la reproduction sociale et à porter un jugement autre que scolaire sur les élèves. Paradoxalement, la théorie de Bourdieu a eu un effet de stigmatisation sur les élèves issus des classes populaires. C'est devenu un cliché de considérer qu'« ils n'ont pas les codes ».

Au passage, Bourdieu montrait surtout que c'était bien les professeurs qui avaient une attitude élitiste en dévalorisant les compétences qu'ils jugeaient « scolaires » ! L'erreur de Bourdieu était de penser que les compétences culturelles s'acquéraient surtout dans la famille. En somme, c'est lui qui pensait que la culture ne s'enseigne pas, alors qu'il rappelait pourtant lui-même la blague : « l'éducation, ça ne s'apprend pas » qui joue sur un autre sens : « les bonnes manières ». Les professeurs, qui font aussi ce qu'on attend d'eux, ont retenu la leçon. Ils n'ont plus eu confiance dans la mission qui leur avait permis de s'élever eux-mêmes dans la hiérarchie culturelle.

L'explication sociologique correcte était simplement la démographie scolaire. À l'époque où Bourdieu a produit sa première théorie, qu'il a eu le tort de ne pas réviser, il n'y avait encore que 10 % de bacheliers, et 50 % des enfants travaillaient à 14 ans (puis 16 ans en 1959). Mais ce chiffre lui-même était en forte augmentation par rapport à la période d'avant-guerre où il n'y avait que 4 % de bacheliers. Soit une augmentation de 250 % ! Ce n'est pas rien. On conçoit que cela ait pu bouleverser les représentations de ceux qui avaient été formés dans les années trente.

Cette idée de baisse de niveau pourrait ne correspondre qu'à cette impression. Les chiffres ont encore été multipliés deux fois par 2,5 en cinquante ans pour atteindre environ 70 % de bacheliers en 2012. En fait, il s'agit de 35 % de bacs généraux et de 35 % de bacs techniques et professionnels. On peut donc considérer que la croissance s'est ralentie. Et il faut souligner que la croissance n'est plus possible dans les mêmes proportions ! Quand on atteint 70 %, on ne peut plus multiplier par  2,5. Même si on donne le bac à tout le monde, ça ne fait que 50 % de croissance, et après, c'est fini. L'insatisfaction générationnelle devrait mécaniquement baisser !

Jacques Bolo

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