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Médias / Politique / Société - Septembre 2011

Zemmourette et les bisounours

Résumé

L'émission de Ruquier, « On n'est pas couché », a remplacé Zemmour par Zemmourette qui reprend le même discours avec la même cible des supposés bisounours. Si les populistes les cherchent, ils vont finir par les trouver. Ce n'est de toute façon pas le problème qui relève de la recomposition mondiale et non des numéros comiques qui rejouent les querelles intestines de l'époque de la guerre froide.

On n'est pas sorti de l'auberge

La nouvelle saison de l'émission télé « On n'est pas couché », sur France 2, a débuté avec de nouveaux animateurs en remplacement de Zemmour-et-Naulleau qui ont explosé en vol. Il est vrai qu'ils commençaient à se répéter un peu et qu'ils rejouaient chaque semaine leur petit numéro de dégommage des invités avec des arguments et des trucs qui devenaient prévisibles. Mais d'un autre côté, cela n'a jamais empêché une émission télé de s'éterniser. Ils auraient pu continuer longtemps sans problème. Mais les polémistes ont fini par susciter la polémique. Zemmour a été condamné pour apologie de la discrimination raciale. La chaîne n'a pas cédé tout de suite, mais ça faisait mauvais genre sur le service public, spécialement pour une année préélectorale.

Bizarrement, ils ont été remplacés par deux femmes qui semblent endosser les mêmes rôles, Audrey Pulvar, gauche intello, contre Natacha Polony, droite Zemmour. Et leurs interventions ne paraissent pas avoir (pour ce que j'en ai vu) l'aspect littéraire qui donnait un certain tour intellectuel à leurs prédécesseurs. On régresse au simple commentaire politique. Je suis tombé par hasard sur un moment de la confrontation avec Jean-Luc Mélenchon comme invité, et j'ai pu constater qu'on avait remplacé Zemmour par Zemmourette. Ruquier est décidément très fort. Il vient de nous démontrer expérimentalement que les idées de Zemmour sur les femmes, contre la bisounoursisation ou contre la féminisation de la société, sont sans aucun fondement. Polony est la preuve qu'une femme peut être aussi conne que Zemmour. C'est d'ailleurs dans l'air du temps, avec Marine Le Pen (pour les jeunes qui auraient raté Margaret Thatcher, Golda Meir, ou Indira Gandhi, quant à l'égalité des sexes en politique). Et cela contredit encore la pensée Zemmour.

Très bizarrement aussi, Zemmourette s'est attaquée à Mélenchon en lui reprochant la bisounours-attitude de la gauche molle, alors qu'il est plutôt réputé populiste et grande gueule. Il est vrai que cela concernait l'immigration et la justification du racisme populaire sur l'air de la « désespérance sociale » dont j'ai déjà parlé. Il ne s'en est pas trop mal sorti, quoique de façon un peu traditionnelle, si on excepte son cinéma habituel.

Populisme

Une petite précision sur ce sujet et sur ce thème de l'immigration. On semble avoir oublié que c'est la crise de 1929 qui a déclenché la montée du nazisme. Comme chacun sait, cette crise était bien plus sérieuse, spécialement en Allemagne, que la crisounette (pour le moment) que nous vivons. Ceux qui perdent leur boulot aujourd'hui ont certes des problèmes, mais c'est toujours le cas de ceux qui perdent leur boulot. Ce n'est pas la crise pour tout le monde à la fois ! Je soupçonne un peu les autres de se prévaloir de ce drame en étant surtout contents de passer à travers les gouttes. Et en ce qui concerne le boulot, ça commence à faire un moment qu'on n'en retrouve pas instantanément après un licenciement, comme c'était le cas pendant les Trente glorieuses. J'ai précisé ailleurs, qu'en France, contrairement à l'Espagne et à la Grèce, ce sont les jeunes immigrés qui morflent à la place des nationaux « de souche ».

L'argument de x millions d'immigrés ou de juifs / x millions de chômeurs est à l'évidence un argument nazi qui semble marcher auprès des « masses populaires ». Les réalistes (non-bisounours) qui cautionnent cet argument nazi-popu et accablent de reproches les bobos mondialistes naïfs méritent, la même considération que les intellectuels des années trente. S'ils se croient plus malins, j'ai déjà eu l'occasion de répliquer, à propos de « la sphère magico-religieuse du fait culturel d'un peuple », que :

« Qu'est-ce qui leur permet de penser que Maurras avait d'autres intentions qu'eux-mêmes ? Les conséquences ? Qu'est-ce qui permet de penser que cela produira d'autres conséquences ? Parce que Maurras est méchant et que les néo-maurrassiens sont gentils ? Qu'est-ce qui permet de penser que Maurras qui se pose cette question est plus malhonnête intellectuellement, ou mal intentionné, que celui qui se pose cette question aujourd'hui, surtout en fournissant la même réponse ? »

C'est là qu'intervient tout spécialement la question plus spécifique des bisounours, sur laquelle, comme je le disais encore :

« J'ai eu l'occasion de répondre, sur Internet, que les antifascistes, les résistants et ceux qui cachaient les juifs pendant la guerre, même s'ils le faisaient pour des raisons humanistes gnangnans, n'étaient pas des bisounours, à supposer que cela signifie autre chose, précisément qu'antiraciste. Je considère que c'est la réponse convenable et définitive à cette question. »

Qu'il s'agisse de communistes, staliniens, humanistes, antiracistes, anti-impérialistes, anticolonialistes, etc., on peut admettre qu'il existe chez eux une forme d'illusion envers les victimes d'exploitation, de discrimination, ou de stigmatisations sociales diverses. L'idéalisation des faibles est sans doute un reste d'idéologie chrétienne, que les identitaires prétendent pourtant défendre. Mais on constate précisément que c'est la droite-Zemmour qui, au nom du réalisme, en vient aujourd'hui à idéaliser le populo. L'anomalie est ici de justifier le racisme du populo contre ceux qui le combattent. On en est bien à défendre Adolf Hitler en tant que représentant des intérêts authentiques (völkisch) du peuple allemand. On a l'idéalisme qu'on peut !

Même si la question était de reprocher au bisounours de se limiter à une condamnation morale, cela ne devrait pas poser de problèmes à la droite en général, chrétienne en particulier, plutôt suspecte habituellement de moralisme. Remarquons que, par le passé, les prétendus bisounours ne se sont pas contentés de voeux pieux. La question morale est donc réglée.

La crise

Ce qu'on appelle la crise est essentiellement la mondialisation de la situation favorisée dont les Occidentaux seuls avaient bénéficié jusqu'aux années 1980. L'idée persistante de paupérisation mondiale qui subsiste à gauche est ridicule. Vouloir arrêter ce mouvement n'est évidemment pas en notre pouvoir. J'ai déjà considéré que la prétention à régenter le développement mondial relevait, spécialement pour la France, à se rêver toujours à la tête d'un empire colonial qui aurait à nous demander notre aval à propos de son rythme de développement.

Les populistes d'extrême droite et d'extrême gauche semblent ne pas avoir assimilé cette évolution et semblent regretter le temps où les diplômes donnaient un débouché... dans la coloniale. C'était ça la force méritocratique du système scolaire qui garantissait une priorité de fait, sinon de droit, aux Français de souche sur les indigènes. La droite s'en satisfaisait cyniquement, la gauche en profitait sans en être consciente, en se faisant des illusions civilisatrices. En parlant des « bisounours », c'est sans doute à ça que la droite fait référence. Mais c'est bien fini.

Actuellement, on est tous dans le même bain mondial et chaque pays aspire au même niveau de vie. Il est donc normal que les cartes se redistribuent et qu'il y ait des gagnants et des perdants, comme il y en avait auparavant. Mais ce ne sont pas forcément les mêmes. Les populistes veulent simplement une sécurité de l'emploi qui ressemble beaucoup au maintien de privilèges, qui étaient jadis d'ailleurs très relatifs pour les masses populaires. La nouvelle difficulté consiste à devoir gérer une plus grande égalité qui provoque une plus forte concurrence entre les égaux. Certains n'y sont pas habitués.

Sur le plan mondial, la justification du populisme, de la part des Zemmour ou Zemmourette ne prépare pas le peuple à affronter la compétition mondiale actuelle (pour eux, ça va plutôt bien, le populisme est un bon créneau !). La protection proposée peut avoir comme résultat la situation de l'Allemagne de l'Est, comme groupe témoin par rapport à l'Ouest, quant à la capacité d'initiative. Au cours de cette émission, on a même entendu Zemmourette regretter le temps où le Parti communiste avait pris en compte le rejet de la concurrence des immigrés. On se souvient, en 1980, de l'épisode du bulldozer lancé contre un foyer d'immigrés par le maire communiste de Vitry. Franchement, je ne sais pas ce que les cocos en pensent, mais je ne dirais pas que c'est l'épisode le plus glorieux de l'histoire du Parti communiste.

J'ai eu l'occasion de dire que les idées de Zemmour se situaient dans la nostalgie de l'époque de la guerre froide. Ceux qui se complaisent dans ce passéisme ne préparent pas leurs concitoyens à affronter, à armes égales, la mondialisation, même s'ils croient défendre l'intérêt national. Je disais aussi ailleurs qu'on en avait fusillé pour moins que ça.

Jacques Bolo

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