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Reportage / Économie - Mars 2010

La poste se privatise elle-même !

La privatisation de la poste a soulevé, comme on s'y attendait, des mouvements de protestation en son sein. Sans que cela ait forcément un lien, ses clients ont pu constater des changements profonds, car une rénovation des bureaux est en cours. On instaure un système par catégories d'opérations (ce qui signifie qu'on est obligé de faire la queue plusieurs fois !), et un libre service pour les achats de prêt-à-poster et pour les machines à affranchir.

Ceux qui sont un peu âgés ont constaté ce genre de changement à plusieurs reprises, tous les dix ans environ. La poste a installé des vitres blindées, puis les a enlevées. Le dernier changement, pourtant récent, était le système de queues pour que l'ordre d'arrivée des clients soit respecté.

Pour la précédente modification, on en avait profité pour changer le logiciel informatique. Comme dans le cas de la SNCF où ce changement avait provoqué une confusion et une incompréhension des tarifs, certaines prestations de la poste n'étaient pas très clairement définies. Les guichetiers requalifiaient en colis l'expédition de courriers dans une enveloppe au-delà d'un certain poids (alors que le tarif « lettre » va jusqu'à deux, voire trois kilos, selon les destinations). Car les colis sont plus chers pour le même poids. Il y avait eu des contestations à ce propos de la part des libraires, dont le tarif « livre » avait été occulté par les agents.

Cette fois, c'est le tarif « envoi international de documents économiques » qui est contesté par les agents, alors qu'il figure évidemment sur les tarifs. Les agents renvoient à la machine à affranchir qui ne le contient pas. J'ai personnellement été confronté plusieurs fois à ce problème. Les guichetiers ne trouvaient pas le tarif sur le logiciel et j'étais obligé d'insister pour qu'ils le trouvent. Déjà, au changement précédent de logiciel, un problème similaire existait et j'avais dû repérer les manoeuvres pour les indiquer moi-même aux agents.

Cette situation m'est arrivée à nouveau. Mais cette fois, l'employé m'a carrément menti en me disant que les tarifs en question n'existaient plus depuis un an. Je lui ai dit que je venais d'en expédier à ce tarif la semaine précédente. Il m'a répondu que son collègue s'était trompé. J'ai précisé que j'envoyais des dizaines de lettres à ce tarif depuis un an, et qu'ils ne s'étaient pas tous trompés. Mais il n'a rien voulu entendre. Il m'a demandé de lui montrer le tarif. Je lui ai dit que c'était à lui de le connaître. Et là, il a utilisé un argument massue : « Quel intérêt j'aurais à vous faire payer deux euros de plus ? On ne va pas m'augmenter. Et ça ne va pas couvrir le déficit de mon entreprise ! »

Il faudrait envisager de donner des cours d'économie aux agents de la poste, aux fonctionnaires et aux Français en général. Il est envoyé des milliards de lettres par an (75 millions par jour). Si tous les agents roulent les clients en leur faisant utiliser le tarif prioritaire au lieu du tarif économique, cela permet de récupérer une somme qui peut permettre effectivement de couvrir une partie du déficit. J'ai d'ailleurs fait remarquer à cet agent que cela représentait plusieurs centaines d'euros dans mon cas personnel. Les agents sont aussi intéressés à l'opération puisque ce déficit résulte en partie du système de retraite qui n'est pas suffisamment provisionné pour les entreprises publiques, car elles ne font pas partie du régime général. Le risque est équivalent à celui des grandes entreprises américaines qui fonctionnent selon ce système de retraite maison, et vont devoir régler prochainement les retraites (mal provisionnées) des babies-boomers, en supportant la concurrence des entreprises nouvelles qui n'ont pas à le faire.

Comme je n'ai pas cédé aux intimidations du postier, le tarif économique a finalement été trouvé par sa collègue (qu'il remplaçait provisoirement). Mais on peut supposer que la plupart des clients auraient abandonné. Cela n'a pas été mon cas, non que je sois particulièrement emmerdeur, mais on venait de me faire le coup la semaine d'avant, en me disant que les tarifs venaient juste de changer. J'avais donc payé le tarif prioritaire. Mais j'avais vérifié ensuite sur Internet et j'avais pu constater que le tarif économique existait toujours.

On parle souvent de « jungle des tarifs » pour désigner leur complication, ou de la « jungle du libéralisme », pour désigner la concurrence féroce. On croyait pouvoir se reposer en confiance sur la compétence et le sens du service des agents de la poste. On leur reprochait plutôt leur côté tatillon et parfois rébarbatif. S'ils se mettent eux aussi à voler leurs clients, ils ne devront pas s'attendre à ce qu'on se mobilise pour la « défense du service public ».

Jacques Bolo

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