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Société - Avril 2013

Esther Benbassa contrôlée : Racisme ou antisémitisme ?

Résumé

La qualité de sénatrice d'Esther Benbassa a été mise en doute par un policier à cause de son accent. Racisme et antisémitisme sont les deux mamelles de la France pétainiste.

La nouvelle sénatrice des verts, Esther Benbassa, s'est fait contrôler par un policier qui a mis en doute sa qualité de sénatrice, à cause de son accent. Le policier avait vu la cocarde sur le pare-brise. Il a considéré son accent comme suspect quand elle l'a remercié au moment où il lui a rendu ses papiers. Il n'a pas voulu la croire quand elle lui a montré sa carte tricolore. Il a fallu que le policier appelle le sénat pour confirmation.

Esther Benbassa est un peu légère de ne pas donner d'autres suites que de témoigner par l'intermédiaire de militants contre le contrôle au faciès. Il y a des révocations qui se perdent. Et elle interprète un peu trop classiquement le phénomène en termes de réminiscence historique. Dans mon récent livre sur Finkielkraut, j'ai déjà signalé une erreur semblable de sa part. D'autant qu'elle a tort de venir juste de considérer qu'un de ses collègues sénateurs qui parlait de « couleur » à son propos parle de son origine, puisqu'elle est blanche (je pense qu'on peut le croire quand il dit qu'il parlait bien de la couleur jaune vif de sa robe ou rouge de ses cheveux). Les erreurs d'analyse pourrissent vraiment le traitement de ces questions.

L'accent d'Esther Benbassa s'explique par son origine juive de Turquie, immigrée à quinze ans en Israël en 1965, avant d'arriver en France en 1972. Elle a été naturalisée française en 1974 (source Wikipédia). Il y a un point que j'ai en commun avec elle. Certains me disent que j'ai toujours un accent du sud de la France. Elle a toujours un accent étranger. On voit avec elle qu'on semble prendre les accents pour un « signe de non-intégration » ou de nationalité différente. C'est plutôt le signe qu'on n'est pas doué pour les langues (sur le plan de l'oral). On voit avec moi que ça marche aussi pour les accents nationaux.

On interprète cet épisode comme du racisme envers les immigrés, de la part de policiers, ce qui est plus grave. C'est exact. Mais il ne faut pas se raconter des histoires non plus. On ne va pas dire que, dans son cas, on a été raciste avec les Turcs. C'est bien du racisme envers les juifs immigrés « qui ne parlent pas très bien le français » (comme signe de non-intégration). Des « juifs étrangers », comme en 1940, donc. À leur propos, dans mon livre, j'ai également reproduit l'opinion de Jean Giraudoux. On peut la trouver en note sur sa fiche Wikipédia. Mais comme je l'ai écrit aussi dans un article récent, les Noirs-Beurs sont bien devenus l'image des juifs,... et réciproquement.

Mais le problème est un peu plus subtil. Si on ne pense pas à l'antisémitisme (pour une fois !), c'est parce qu'on suppose que « les juifs sont bien intégrés » et qu'ils n'ont pas cet accent d'Europe de l'est, israélien, turc ou autre. À la rigueur, ils pourraient avoir l'accent pied-noir. On suppose que le policier n'aurait pas douté qu'elle était sénatrice dans ce dernier cas (merci Roger Hanin et La vérité si je mens). C'était un accent régional, même si certaines personnes nées au Maghreb à l'époque de la colonisation française ont parfois des problèmes au moment de faire renouveler leurs papiers.

Bref, contrairement à l'époque historique de leur persécution, tout le monde semble supposer aujourd'hui que l'acquisition de l'accent français est génétique chez les juifs (puisqu'on ne pense pas à l'antisémitisme), contrairement aux Noirs-Beurs qui seraient condamnés au français racaille. On voit ici que ce n'est pas le cas. À croire presque que c'est de cette capacité linguistique dont on parlait dans les années 30. L'école était plus sévère en ce temps là. Comme dirait Finkielkraut, la langue est ce qu'il y a de plus important. Ses amis Renaud Camus ou Richard Millet seraient d'accord qui lui reconnaissent le mérite de s'être parfaitement intégré malgré une origine pas très catholique. Finkielkraut fait du zèle. Il est même devenu pétainiste. C'est toujours difficile de bien doser.

Reste au sénat d'organiser des cours de mise à niveau en accent standard pour les députés d'origine étrangère, des DOM-TOM ou des régions périphériques. En attendant, je conseille à Esther Benbassa d'utiliser un chauffeur sur le budget de la Chambre haute, qui est en excédent, paraît-il.

Jacques Bolo

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