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Économie / Méthodologie - Janvier 2011

Prime à la casse, fin et suite

J'ai déjà parlé de la prime à la casse. Sa fin, au 1er janvier 2011, risque d'avoir simplement différé la crise dans le secteur automobile. On en était bien conscient, mais le secteur a pu se renforcer au cours de l'année 2010, ce qui peut lui permettre de mieux tenir en 2011. Un autre risque connu était de favoriser les importations des marques étrangères ou les productions délocalisées des marques françaises. Ce qui ne développait donc pas l'emploi local.

J'avais déjà souligné que favoriser un secteur particulier est absurde, dans la mesure où l'argent dépensé pour soutenir la consommation dans ce secteur aurait été dépensé dans un autre. Cela désavantage les autres industriels ou commerçants, sans aucune légitimité. Le fait que tout le monde semble trouver cela normal repose sans doute sur l'idéologie de la bagnole, ou suppose que le lobby automobile est vraiment très puissant. Il va falloir que les autres secteurs se secouent un peu !

L'argument écologique du remplacement par des modèles moins polluants est particulièrement bidon si on considère le gâchis de la réduction artificielle de la durée de vie des modèles, parfois récents qui, pour simplement se payer le dernier modèle, sont carrément détruits. En principe, car on imagine que des fraudes sont possibles. Une conséquence constatée a surtout été l'engorgement des casses qui croulent sous les épaves et les pièces détachées, ce qui provoque un effondrement des cours des voitures de seconde main. Le bilan carbone est loin d'être positif.

Tout ceci supposait une autre explication. Je me suis souvenu d'un email d'une association des TPE (Très Petites Entreprises), le CERF, du 19 juin 2009, que j'avais sauvegardé, et qui rapportait cette information étonnante :

« que l'Insee n'avait pas de visibilité réelle sur les entreprises qui réalisent moins de 1,5 million d'euros de chiffre d'affaires ; 750 000 euros pour la Banque de France. Quant à l'Acoss, elle publie, chaque trimestre, le niveau d'emploi dans les entreprises de plus de vingt salariés ! Or une TPE, 95% des entreprises en France, compte moins de 20 salariés et réalise en moyenne un chiffre d'affaires inférieur à 400 000 euros... »

L'anomalie de cette méconnaissance statistique de la part du gouvernement réside dans le fait que, selon la même source, « les chiffres mesurant l'activité et l'emploi dans les TPE existent puisqu'ils sont déjà collectés par l'Urssaf, le Trésor, les Assedic ». Il était question, de la part de cette association entrepreneuriale, d'expliquer l'imprévision de la crise de 2008 et de justifier des mesures gouvernementales pour y faire face plus rapidement. Car on est libéral, mais il y a des limites.

En l'occurrence, cette observation était bien justifiée par la disponibilité effective des chiffres. Mais il en découle une conséquence pour le sujet qui nous occupe. On s'aperçoit donc que l'image de l'activité économique est faussée par l'absence de centralisation et d'exploitation rapide des données concernant les petites entreprises. Les politiques publiques visent donc les grandes entreprises pour avoir une action immédiate sur les statistiques.

Des mesures comme la prime à la casse sont donc un artifice destiné à truquer les chiffres du chômage ou de la croissance. L'amélioration visée dans le secteur des grosses entreprises, seul pris en compte dans les annonces des performances économiques en temps réel, sera compensée au final dans la baisse globale, qui ne sera connue que plus tard, dans les chiffres définitifs de l'INSEE, avec un an, deux ans, ou plus, de retard. C'est d'ailleurs sur ces chiffres réels inférieurs, et non sur les chiffres plus élevés, annoncés auparavant, qu'on se basera alors pour truquer de nouveau la réalité.

Contrairement au poujadisme traditionnel, on observe que ce n'est pas la statistique qui ment, mais l'absence de prise en compte des données pourtant déjà disponibles quelque part. On aimerait presque croire que la tromperie est volontaire, puisqu'elle est consciente. Je crains qu'il s'agisse davantage d'incompétence et de lourdeur routinière, du fait que les mesures prises par les gouvernements n'ont donc pas les effets réels que permettrait une connaissance objective.

On peut penser cyniquement que le but des hommes politiques est seulement d'être réélu. Mais il me plaît de penser qu'une action réellement efficace aurait le même effet. À moins que considérer que les citoyens ne sont que les cons pour lesquels on les prend. Finalement, je suis assez optimiste. Ou pas.

Jacques Bolo

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