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Démographie - Janvier 2026

Démographie mortuaire

Résumé

La presse s'inquiète de la bascule historique du solde naturel des naissances sur les décès en France. On peut rectifier les impressions initiales...

Mortalité absolue

Les médias ont signalé, en janvier 2026, un excédent des décès sur les naissances. Le Monde du 13 janvier 2026 titre : « La France a enregistré plus de décès que de naissances en 2025, une première depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale », par Solène Cordier et Romain Imbach (infographies).

C'est une question amusante. Par définition, il n'y a pas d'excédent des décès sur les naissances : on naît, on vit, puis on meurt. Il n'y a pas plus de morts que de naissances.

Évidemment, les médias ont bien noté que la remontée actuelle des décès correspond au début de la mortalité des baby-boomers de 1946 à 1974 en France (et non 1946-1964 – chiffres américains –, comme on le lit ces derniers temps, y compris dans certaines publications scientifiques). Les premiers nés, en 1946, viennent juste d'avoir 80 ans :

« L'année 2025 aura connu 645 000 naissances et 651 000 décès. Cette évolution est liée à la baisse de la fécondité et à l'arrivée aux âges de la mortalité des générations nombreuses des baby-boomeurs, détaille l'Insee » (Le Monde, ci-dessus).

Cependant, il faudrait dire plutôt que l'augmentation des naissances du baby-boom résultait essentiellement d'un déficit de naissance précédent, dû à la Première Guerre mondiale. Auparavant, vers 1900, les naissances étaient précisément équivalentes, ou même supérieures, à celles du baby-boom ! Objectivement, l'après 1945 était juste un rattrapage.

NAISSANCES ET DECES EN FRANCE DEPUIS 1900 (en milliers)
Années Naissances Moyenne Décès Moyenne Population
1900 885,2 845,3   789,6  
1901 917,1 825,3 40.710
1902 904,4 801,4 40.810
1903 884,5 794,6 40.910
1904 877,1 802,5 41.000
1905 865,6 812,3 41.050
1906 864,7 820,1 41.100
1907 829,6 830,9 41.100
1908 849,0 784,4 41.190
1909 824,7 792,8 41.240
1910 828,1 737,9 41.350
1911 793,5 813,7 41.420
1912 801,6 726,8 41.530
1913 795,9 736,9 41.620
1914 757,9 774,9 41.630
1915 483,0 653,2 748,0 685,9 40.620
1916 384,7 697,7 40.020
1917 412,7 712,7 39.420
1918 472,8 867,8 38.670
1919 507,0 739,9 38.600
1920 838,1 675,7 38.900
1921 816,6 697,9 39.140
1922 764,4 692,3 39.310
1923 765,9 670,3 39.750
1924 757,9 683,3 40.170
1925 774,5 712,2 40.460
1926 771,7 717,0 40.710
1927 748,1 679,8 40.770
1928 753,6 678,3 40.880
1929 734,1 742,7 41.020
1930 754,0 653,0 41.340
1931 737,6 682,8 41.550
1932 726,3 663,7 41.510
1933 682,4 664,1 41.520
1934 681,5 637,7 41.570
1935 643,9 661,7 41.550
1936 634,3 645,8 41.500
1937 621,5 632,9 41.530
1938 615,6 650,8 41.560
1939 615,6 645,7 41.510
1940 561,3 740,3 40.690
1941 522,3 675,3 39.420
1942 575,3 656,3 39.220
1943 615,8 626,8 38.860
1944 629,9 666,9 38.770
1945 645,9 643,9 39.660
1946 843,9 865,0 545,9 544,0 40.286,7
1947 870,5 538,2 40.679,4
1948 870,8 513,2 41.111,9
1949 872,7 573,6 41.480,2
1950 862,3 534,5 41.828,7
1951 826,7 565,8 42.155,5
1952 822,2 524,8 42.459,7
1953 804,7 557,0 42.751,7
1954 810,8 518,9 43.056,5
1955 805,9 526,3 43.427,7
1956 806,9 545,7 43.843,1
1957 851,5 542,2 44.310,9
1958 847,2 510,7 44.788,9
1959 864,6 518,6 45.239,7
1960 856,5 530,6 45.684,2
1961 875,2 509,4 46.162,8
1962 870,5 550,5 46.997,7
1963 907,3 567,2 47.816,2
1964 916,1 529,2 48.310,4
1965 904,7 552,8 48.757,8
1966 902,0 538,9 49.163,7
1967 877,5 551,9 49.548,3
1968 872,9 562,4 49.915,4
1969 877,1 582,5 50.318,0
1970 883,7 551,3 50.772,2
1971 916,4 562,6 51.251,1
1972 911,2 558,5 51.700,9
1973 888,8 567,4 52.118,3
1974 832,1 560,8 52.460,4
1975 774,5 793,8 568,4 547,2 52.699,3
1976 747,2 565,2 52.908,7
1977 770,2 544,0 53.145,3
1978 761,0 554,7 53.376,3
1979 782,4 549,4 53.606,2
1980 826,1 555,0 53.880,0
1981 831,0 562,4 54.181,8
1982 823,3 550,7 54.492,5
1983 775,4 567,8 54.772,4
1984 787,4 550,3 55.026,1
1985 796,1 560,4 55.284,3
1986 805,5 554,7 55.546,5
1987 795,8 535,4 55.824,0
1988 800,6 532,5 56.118,0
1989 796,1 537,5 56.423,4
1990 793,1 534,4 56.708,8
1991 790,1 532,9 56.975,6
1992 774,8 529,8 57.239,8
1993 741,3 540 57.467,1
1994 740,8 528 57.658,8
1995 759,1 540 57.844,2
1996 764,0 544,6 58.026,0
1997 757,4 539,3 58.207,5
1998 767,9 543,4 58.397,8
1999 775,8 547,3 58.677,4
2000 807,4 540,6 59.062,4
2001 803,2 541,0 59.476,2
2002 792,7 545,2 59.893,9
2003 793,0 562,5 60.303,6
2004 799,4 519,5 60.734,3
2005 806,8 538,1 61.181,5
2006 829,4 526,9 61.597,5
2007 818,7 531,2 61.965,1
2008 828,4 542,6 62.300,3
2009 824,6 548,5 62.615,5
2010 832,8 551,2 62.917,8
2011 823,4 545,1 63.223,2
2012 821,0 569,9 63.536,9
2013 811,5 569,2 63.862,9
2014 818,6 559,3 64.164,4
2015 798,9 593,7 64.384,8
2016 783,6 725,2 593,9 635,8 64.554,1
2017 769,6 606,3 64.741,6
2018 758,6 609,6 64.970,4
2019 753,4 613,2 65.183,0
2020 735,2 668,9 65.387,2
2021 742,1 661,6 65.675,7
2022 726,0 675,1 66.006,0
2023* 677,8 639,3 66.272,8
2024* 660,8 643,2 66.479,2
2025* 645,0 651,0 66.685,7
Source Insee - * Chiffres provisoires.
[France métropolitaine jusqu’en 1957, avec Dom-Tom après, hors Mayotte avant 2013]

Pour dernières moyennes de naissances, j'ai choisi de regrouper 1975-2015 et 2016-2025 pour montrer que la forte diminution de la natalité est récente. Une sorte de baby-boom a quasiment continué jusqu'en 2015. Pour la mortalité, on remarque qu'elle réaugmente récemment depuis un plus bas en 2004. Il est bien sûr évident que :

« La mortalité importante (651 000 décès, en hausse de 1,5 % par rapport à 2024) [...] va d'ailleurs aller grandissant dans les années qui arrivent ; des pics à 800 000 morts sont projetés par l'Insee d'ici à 2040 » (idem).

...avec la réserve précédente que cette mortalité n'est pas plus importante qu'elle le devrait : il naissait en moyenne 650 000 personnes dans les années 1914-1945, ce sont ces générations qui finissent de mourir ces dernières années. Il est né ensuite environ 850 000 personnes par an entre 1946 et 1974, elles vont commencer à mourir tout à fait régulièrement à leur tour. Et ce n'est pas la peine de commencer par en faire disparaître 50 000 des statistiques officielles de l'Insee en parlant de 800 000 seulement (comme pour minimiser les pertes !).

Mortalité relative

La conséquence première du baby-boom avait été l'augmentation des naissances jusqu'à sa fin en 1974 (1964 aux États-Unis). La baisse n'était d'ailleurs pas très importante et la natalité a remonté un peu juste après. Car les premières générations de nombreux boomers ont forcément fait plus d'enfants que les générations de l'après 1918 qui étaient amputées par la mortalité masculine de la Première Guerre mondiale.

La baisse relative postérieure à 1974 a surtout correspondu au fait que la natalité par femme était moins importante et plus tardive : les 850 000 naissances de 1900 concernaient une population française de 40 millions d'habitants, celles d'après 1974 concernaient une population de 50 millions, puis 60 millions et 67 millions aujourd'hui, malgré la baisse donc.

En fait, la différence annuelle des naissances et des décès peut être aussi biaisée par l'immigration et l'émigration (respectivement forte et faible après 1974). Les immigrés peuvent retourner dans leur pays avant de mourir. Les Français de l'étranger décédés peuvent aussi ne pas être signalés à l'ambassade (nombre minime). On pourrait envisager aussi que les étrangers naturalisés soient comptabilisés a posteriori dans les naissances précédentes. Sinon, ils meurent sans être nés, ce qui peut biaiser les chiffres actuels du surplus de mortalité.

Sur la période 1974-2026, un afflux important d'immigrés a modifié la démographie : au début, seuls les hommes venaient travailler en France, puis ils ont fait venir leur famille, avec d'abord des enfants nés à l'étranger, puis en France, dans les années 1980-1990. Leur natalité plus importante a minimisé la baisse qui aurait été plus forte chez les boomeuses françaises, qui arrivaient à l'âge de la procréation entre 1964-1984 et leurs filles en 1982-2002 (grosso modo).

La question de l'excédent prochain de mortalité sur les naissances dépend donc des choix de natalité des petits enfants de boomers et de savoir si les premiers immigrés des années 1970 vont retourner finir leurs vieux jours dans leurs pays d'origine (ou un autre, pourquoi pas).

On pourrait aussi envisager une augmentation possible de l'émigration de jeunes Français (ou des étrangers nés en France) vers d'autres pays, ce qui diminuerait surtout les naissances en France si les couples avaient des enfants à l'étranger. À la rigueur, les enfants en question pourraient être enregistrés, en prévision d'un possible retour, mais ce serait fictif en attendant.

L'excédent des décès sur les naissances est bien envisageable au niveau mondial, mais ce n'est pas le cas pour le moment puisque la population mondiale continue d'augmenter. La baisse de la natalité est plutôt une fausse généralisation de situations des pays développés, qui entérine surtout comme évidente l'idée d'exclusion de l'immigration.

Jacques Bolo

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