|
Photos © Jacques Bolo 2025 (Cliquez sur les images pour agrandir)
Le musée Jaquemart-André proposait une rétrospective Georges de la Tour du 11 septembre 2025 au 28 janvier 2026 (prolongée ensuite jusqu'au 22 février 2026). Je n'étais jamais venu à ce petit musée parisien situé dans un hôtel particulier du 17e arrondissement, 158 boulevard Haussmann. L'exposition Georges de la Tour est confinée dans une aile un peu étroite, vu l'affluence, et sombre, ce qui explique l'angle ou la définition des photos de l'expo.
Le musée lui-même est plaisant, avec quelques belles œuvres dans ses collections permanentes.
Ci-dessous Le grand salon • Canaletto : La Place saint-Marc et Le Grand Canal du palais Dolphin-Manin au Rialto • Vase chinois (Qianglong, XVIIIe) à décor de chasse impériale au tigre • Paolo Ucello : Saint Georges et la princesse.
Georges de la Tour (1593-1652) est un de mes peintres préférés de la période et j'avais pourtant négligé la rétrospective précédente au Grand Palais en 1997. Cette fois, le Musée Jaquemart-André n'a pas réussi à avoir toutes les toiles, qui ne sont pourtant pas nombreuses. L'atelier du peintre avait été détruit par un incendie à l'époque des guerres en Lorraine. L'expo a essuyé 50 % de refus de prêt des musées. Seulement vingt-deux peintures originales sur quarante connues, plus dix de l'atelier du peintre, étaient présentes.
En particulier deux toiles parmi les plus célèbres, Le Tricheur à l'as de Carreau du Louvre et La Diseuse de bonne aventure du MET de New York, sont restées à leur place (photos Wikipédia).
Les commentaires insistent sur le style caravagesque, à la mode à l'époque, qui donne une importance aux forts contrastes et au clair-obscur. Georges de la Tour aurait éventuellement été influencé par l'école caravagesque d'Utrecht et l'école lorraine. La critique d'art aime les filiations. Encore que « plus personne ne peint dans ce style à ce moment-là », comme dit Pierre Curie, le conservateur actuel du musée. Je me souviens avoir dit quelque chose de ce genre à ma prof de sociologie, Mme Groshens, dans les années 1980, qu'elle avait dû comprendre comme « en avance sur son temps », alors que je pensais à un style médiéval.
Ci-dessous Georges de la Tour : Le Vielleur au chien • Saint Jacques Le Mineur • Saint Pierre repentant, dit Les Larmes de saint Pierre • Les Joueurs de dés.
Georges de la Tour place souvent la lumière au centre, comme certains de ses compatriotes, et son travail prend aussi la forme d'une stylisation proche de la BD réaliste. Le côté humoristique de ses tableaux les plus connus renforce cette impression. Cela pourrait effectivement être perçu comme une anticipation.
Ci-dessous Georges de la Tour : Le Nouveau-né • Georges de la Tour : Le Souffleur à la pipe • D'après Georges de la Tour : La Découverte du corps de saint Alexis • D'après Georges de la Tour : Saint François en extase.
D'ailleurs, les légendes religieuses pour identifier les scènes des tableaux paraissent forcées, même si elles sont aisément décodables par des signes reconnaissables (coq de saint Pierre, coquille Saint-Jacques, etc.). Les personnages ou les épisodes ordinaires de la majorité des toiles pourraient se suffire à eux-mêmes. Ce ne devait pas être le cas au temps du peintre.
Ci-dessous Georges de la Tour : Le Reniement de saint Pierre • Pensionnaire de Saraceni : Le Reniement de saint Pierre • D'après Georges de la Tour : Saint Sébastien soigné par Irène.
Sinon, l'énigme Georges de la Tour est quand même étonnante. L'historien de l'art Hermann Voss (1884-1969) est considéré comme « l'inventeur de Georges de la Tour », peintre qui avait été complètement oublié et dont les toiles avaient été attribuées à d'autres ou ignorées. Une des raisons pourrait être que Georges de la Tour aurait lui-même réalisé de nombreuses copies et variantes de ses tableaux, d'où de possibles attributions à l'atelier du peintre. Les questions sont résolues classiquement aujourd'hui en parlant de « qualité de l'œuvre », mais vu leur faible nombre, une quarantaine en tout et pour tout, toutes les spéculations pourraient être permises, sauf autres découvertes picturales ou documentaires.
Jacques Bolo
|