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Société - Octobre 2018

Caravane de migrants

Résumé

Les migrants perpétuent encore le rêve américain qu'on leur refuse.

Un nouveau phénomène de caravanes de migrants est apparu en provenance du Honduras, Salvador et Guatemala, qui se pressent à la frontière du Mexique avec l'intention de se rendre aux États-Unis. Il vient s'ajouter à ceux qui s'entassent à Calais pour tenter de passer clandestinement au Royaume-Uni et à ceux qui tentent de traverser la Méditerranée à partir de la Libye dans des embarcations de fortune. Dans le contexte actuel où Trump veut construire un mur sur la frontière du Mexique, on peut percevoir ce phénomène comme un coup de pouce pour justifier ses positions auprès de son électorat. Même si les migrants doivent se dire qu'il faut se dépêcher parce que cela ne sera plus possible de passer ensuite, c'est plutôt contre-productif.

Sur le principe, l'idée de passer clandestinement aux États-Unis en se présentant sous forme de caravane suivie par toutes les télévisions du monde est évidemment absurde. C'est une forme de procession pour demander la pluie aux divinités. Peut-être cela correspond-il aux événements décrits par les ethnologues d'Amérique du sud dans lesquels les indigènes réalisaient une sorte de syncrétisme entre le christianisme des missionnaires et leurs propres mythes pour partir à la recherche de « la terre sans mal », sorte de paradis incarné dans ce cas par les États-Unis.

Même si la situation dans leur propre pays est dramatique, partir sur les routes dans de mauvaises conditions, avec femmes et enfants, est une forme d'attitude suicidaire paradoxale. Il y a d'ailleurs de nombreuses victimes de meurtres, viols et rackets ou souffrances, tout au long du chemin. Il n'est pas du tout évident que la situation de départ était pire et il est probable que les migrants se font des illusions tant sur déroulement du périple que sur leur statut à l'arrivée.

Comme je le rappelle souvent, cela montre surtout que les migrants économiques ou les réfugiés à destination de l'Europe ou des États-Unis poursuivent une sorte de rêve américain. De ce point de vue, tout le monde est américain. La réalité actuelle est plutôt que certains semblent considérer que ce rêve est réservé aux Blancs. C'est valide aussi pour l'Europe.

L'hypocrisie américaine consiste à faire fonctionner quasi officiellement son économie à l'aide de ces clandestins, sans doute du fait d'une présence moindre de l'État dans les relations de travail qu'en Europe. Toutes ces grandes maisons qu'on voit dans les films dépendent en grande partie d'une quantité importante d'ouvriers divers pour les construire ou de personnel d'entretien, bien souvent clandestins. C'est d'ailleurs ce qui suscite l'espoir pour les nouveaux arrivants. L'anomalie de leur condition est surtout qu'ils semblent avoir remplacé les esclaves en cela qu'ils sont des citoyens sans droits, ce dont certains employeurs abusent. La seule différence est ici que les esclaves choisissent ce statut volontairement, en espérant être régularisés un jour.

L'autre anomalie concernant les migrants économiques ou les réfugiés est que ceux qui sont bien disposés à leur égard ne les considèrent que comme les victimes qu'ils deviennent dans le pire des cas. Ce qui signifie aussi que les autres semblent acquérir leurs droits du fait du sacrifice de ceux qui n'arrivent pas au bout du voyage. Ce n'est pas comme ça que fonctionnent le droit ni les droits. Pour qu'ils ne soient pas légalement rejetés, dans le cas des clandestins, il faudrait plutôt définir des règles préalables de circulation et de travail. C'est seulement cela qui supprimerait les passeurs qui leur rendent effectivement service en attendant (pour combler le vide juridique), mais en abusant de cette clandestinité. C'est exactement le même problème que la légalisation des drogues.

Pour les réfugiés, il est parfaitement anormal qu'ils doivent circuler clandestinement et il faudrait que les pays concernés et les Nations Unies interviennent massivement en cas de conflits pour qu'ils n'aient pas à se trouver dans cette situation (spécialement quand on contribue à les provoquer comme en Syrie).

Jacques Bolo

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