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Relativisme - Juillet 2011

Traditions nationales

Résumé

La polémique sur la proposition d'Éva Joly de supprimer le defilé militaire du 14 juillet nous permet de résoudre, à la satisfaction générale, la question de l'identité nationale et du relativisme. Et, même, puiqu'on s'interroge sur les traditions, de pousser la réflexion à son terme.

Feu d'artifice du 14 juillet (ou pétard mouillé) ?

La proposition d'Éva Joly, toute nouvelle candidate écologique à la présidentielle 2012, de supprimer le défilé militaire du 14 juillet, pour le remplacer par un défilé citoyen a déclenché un tollé et une polémique. Pratiquement toute la classe politique à justifié cette tradition, au point qu'Éva Joly a un peu reculé en disant que le 11 novembre ou le 8 mai seraient plus appropriés pour une parade militaire.

Ce qui est notable est que la droite et l'extrême droite s'en sont prises aux origines étrangères, à la double nationalité, à l'anti-France, à l'incompréhension des traditions ou des « liens extrêmement profonds qui existent entre le peuple français et son armée » (Marine Le Pen). Il serait plus juste de remarquer que les écolos se dispersent, comme d'habitude, dans l'accessoire. Mais on peut constater aussi qu'Éva Joly a pris l'initiative médiatique, puisqu'il n'y a que ça qui compte, et surtout qu'elle a permis de constater, s'il en était besoin, que la xénophobie néo-maurrassienne était la véritable ligne de séparation politique en France. Tradition, tradition !

Néanmoins, factualisme oblige, cette controverse a mis au jour un autre trait de la politique nationale. De ce point de vue, on peut considérer que tout le monde a raison, selon le principe : « s'il y a un problème, il y a un problème ». Si certains sont choqués qu'on puisse remettre en cause une tradition, on ne va pas s'en étonner, puisque c'est ça une tradition. Si quelqu'un d'origine étrangère peut le faire plus facilement, c'est justement parce qu'elle en a d'autres, qui lui semblent tout aussi naturelles. Une tradition française est la lecture des Lettres persanes de Montesquieu qui ont parfaitement identifié ce problème du relativisme. On ne va pas remettre en question cet acquis culturel !

Éva Joly à parfaitement raison de remarquer que les défilés militaires du jour de la fête nationale ont lieu dans des dictatures. Si cela met le Premier ministre François Fillon « en colère », c'est parce qu'il a un problème avec la réalité. Cela devrait plutôt inciter à s'interroger sur la forme militariste qu'a toujours pris la République française. Sur le fond, c'est ce dont parle Éva Joly. Sa conséquence est le nationalisme et la xénophobie qui en résultent et qu'on ne peut pas manquer de constater en cette occasion. C'est le propre de la politique de marquer les clivages.

Les xénophobes n'ont pas tort non plus dans cette affaire quand ils disent qu'Éva Joly ne partage pas cette tradition française. La gauche n'a pas tort de reprocher aux xénophobes de faire deux catégories de Français. La bonne nouvelle est que cette affaire permet de résoudre la question de l'identité que les uns et les autres se sont posée récemment ! L'identité n'est évidemment pas génétique et encore moins raciale ou religieuse, c'est l'erreur barresso-maurrassienne. On a simplement la culture du pays où l'on grandit. Éva Joly n'a pas été habituée aux défilés militaires dès son enfance, et n'a pas reçu une éducation scolaire française marquée par ce nationalisme historiographique. On peut concevoir qu'un étranger remarque cette tradition comme une particularité, comme pourrait d'ailleurs le faire un Français élevé à l'étranger.

Au passage, on peut trouver là l'explication de ce qu'on entend par « l'immigration est une richesse », qui se limite exactement à cette particularité de ce que Lévi-Strauss appelait « le regard éloigné », sans doute toujours à la suite de Montesquieu, car les ethnologues oublient souvent le comparatisme en cours de route. Les xénophobes ont tendance à penser que cela signifie que les bobos mondialistes prétendent que les étrangers sont meilleurs que les natifs, parce qu'ils ont tendance à essentialiser les questions et qu'ils sont à l'évidence incapables de comprendre que l'étranger d'ici est natif d'ailleurs. Ou bien, ils le comprennent de travers. Ce qui se manifeste par l'argument imbécile que les étrangers sont aussi xénophobes ou que les Noirs, les Asiatiques, les juifs, sont tout aussi racistes que les Occidentaux blancs chrétiens. Ce qu'ils considèrent alors comme une justification de la xénophobie et du racisme, alors que le fait que la connerie soit universelle n'en est pas moins une condamnation de cet état d'esprit. Je parlais ailleurs de « néo-maurrassisme par incompétence ».

Dans la situation d'étranger, si on bénéficie de ce regard éloigné du fait d'une culture ou d'une expérience extérieure, autant en profiter. De toute façon, on n'a pas le choix de ne pas se rendre compte de ce dont on se rend compte. Mais c'est tout ce dont on bénéficie. Il faut savoir limiter une notion. Ce que ne savent pas faire les essentialistes (de droite et de gauche) qui raisonnent en terme d'absolu.

Éva Joly, comme elle le dit elle-même, n'est pas antimilitariste, on peut donc admettre qu'elle manifeste, de son côté, la tendance des hommes politiques, et des écolos en particulier, à vouloir un peu trop se mêler de régenter la vie de tout le monde. D'ailleurs, sa proposition d'un « défilé citoyen » rappelle tout autant la Corée du nord, outre le fait qu'elle ne pense pas être élue, quand même ! Mais le fait est que la remise en question du défilé permet de s'apercevoir que tout le monde ne considère pas cette tradition comme primordiale, ni démocratique, ce qui est aussi un point à noter. Mais ce n'est pas nouveau. Brassens disait déjà : « Le jour du 14 juillet, je reste dans mon lit douillet. La musique qui marche au pas, cela ne me regarde pas » (cf. Chanson, La Mauvaise Réputation, 1952).

La simple réalité est bien qu'il existe des différences entre les Français, qui n'en sont pas moins français pour autant. Les hommes et femmes politiques ont tendance, traditionnellement, à jouer à « plus français que moi tu meurs ». Ce qui a effectivement à voir avec l'armée. Au lieu de jouer à semer la zizanie ou à obliger les gens à être ceci ou cela, les politiques feraient mieux de se rappeler le trait tout aussi français des deux cents fromages comme modèle de la diversité. On peut même ne pas aimer le fromage. Il en est de même pour les défilés militaires.

Puisqu'on en est aux propositions, s'il fallait un nouveau symbole de la République française, je proposerais plutôt, quant à moi, d'abandonner le 14 juillet. Tout le monde sait aujourd'hui que la prise de la Bastille ne représente rien. Les politiciens précédents ont eu la bêtise de nous vendre un symbole foireux. À la place, on pourrait choisir le 4 août, le jour de l'abolition des privilèges de la noblesse. Ce qui pourrait être un avertissement, où le peuple en armes aurait sa place, à ceux qui prétendent la remplacer.

Boum !

Jacques Bolo

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