EXERGUE
Depuis 2005
RSS

Ecologie / Politique - Octobre 2010

Démocratie, leçon 16

Démocratie écologique ou écologie démocratique ?

Hyper-démocratie

Dans toute la France, Europe écologie et les Verts ont tenu, le 9 octobre 2010, des assises pour refonder le mouvement écologiste sur de nouvelles bases. La principale innovation repose sur l'intégration d'un deuxième cercle qui intègre les sympathisants sous une forme qui se veut coopérative à la suite des propositions popularisées par Daniel Cohn-Bendit. Cette fusion entre les Verts et Europe écologie est une opération bizarre puisque, généralement, ce sont déjà les mêmes militants. Concrètement, cela vise simplement à formaliser l'ouverture à la société civile, à d'autres mouvements, ou à des personnalités (José Bové, Éva Joly, etc.) qui avait eu lieu pour les élections européennes de 2004 et 2009. Cette pratique d'ouverture se généralise dans tous les partis, depuis quelque temps, sinon depuis toujours. L'idée d'institutionnaliser l'opération pour donner des droits aux supplétifs n'est pas absurde. Formaliser les droits de la base correspond bien au souci hyper-démocratique, libertaire, d'une tendance significative des écolos.

À Issy-les-Moulineaux (pour l'Île de France) le débat de ratification des statuts du nouveau mouvement, a montré deux tendances : ceux qui font de la surenchère démocratique, ceux qui sont plus immédiatement politiciens. Les premiers ont des exigences tatillonnes, justifiées par le fait que les amendements proposés à la ratification ont été réduits à quatre (dont la formulation est contestable), et par l'opacité relative du premier cercle qui a pris ce genre de décision. Les autres veulent agir vite pour tenir compte des échéances électorales et contestent parfois les droits accordés au deuxième cercle.

Professionnalisation politique

À ce propos d'ailleurs, Lipietz a fait rire tout le monde en remarquant que ceux qui s'engageaient davantage devaient payer une cotisation indexée sur leurs revenus, alors que le deuxième cercle ne payait qu'une cotisation fixe et minorée. Bien dans l'air du temps, il a regretté que ceux qui travaillent plus ne soient pas payés plus. C'est toute la question de la professionnalisation de la politique, contestée par la tendance libertaire des écolos, un peu hypocrite, quand il s'agit de reconnaître le travail d'autrui tout en se revendiquant souvent de la gauche de la gauche. Le risque d'affaiblir le mouvement par l'amateurisme s'accompagne surtout de celui de se servir de cette thématique pour savonner la planche des copains, par démagogie.

Les babas cool et bobos qui ne foutent rien (pour pas un rond quand même) regrettent sans doute de ne pas être payés à rien foutre. Leur critique n'est pourtant pas absurde. On peut aussi dire que les politiciens professionnels jouent surtout les mouches du coche et s'accrochent à leur poste au-delà des nécessités de l'intérêt collectif et parfois de toute décence. Le cumul se justifie donc par le fait qu'il leur faut payer les cotisations proportionnelles aux indemnités qu'ils se votent eux-mêmes. Sinon quoi ? Nos dirigeants politiques iraient-ils chercher du travail sous d'autres cieux où leurs compétences seraient mieux rétribuées ? Certaines marchandises ne sont pas exportables.

Il faut bien éclaircir ce processus. Les militants professionnels, ou qui peuvent le devenir grâce aux succès électoraux récents, le doivent bien aux sympathisants de plus en plus nombreux et plus généralement aux électeurs. Le débat sur la professionnalisation de la politique n'est donc pas absurde. L'existence de différents niveaux de pratiques peut être reconnue. La difficulté est que chacun reconnaisse celle de l'autre.

Dictature écologique ?

On connaît le problème avec certains écologistes. En politique, il faut accepter la critique des opposants et en tenir compte. Les écolos se croient porteurs de la vérité, et à ce titre, ont du mal à supporter le débat ou la contradiction. Il est sous-entendu qu'ils ont raison et que les autres incarnent le mal. S'ils ne se rendent pas compte que c'est agaçant, ils vont finir par plafonner en termes électoraux. S'ils veulent faire de la politique autrement, il va falloir qu'ils essaient de convaincre au lieu de tenter d'imposer leurs vues.

D'autant que le mouvement écologiste est un conglomérat de plusieurs groupes de pression plus ou moins cohérents et généralement marginaux (écolos puristes, féministes, défenseurs des animaux, antinucléaires, partisans des médecines parallèles, gauchistes classiques, etc.). Dans le débat d'Issy-les-Moulineaux, les féministes se sont plaintes de figurer en 23e position dans la « charte des valeurs », après les langues régionales (alors même qu'il n'y avait pourtant pas de classement a priori). Et chacun d'y aller de sa valeur personnelle à imposer aux autres. Je me suis un peu inquiété : faut-il vraiment être d'accord sur absolument tout pour être un adhérent à part entière. A-t-on le droit d'avoir des réserves sur tel ou tel point ou de ne pas avoir les mêmes priorités ?

Objectivement, quelle serait la pratique des écologistes s'ils arrivaient un jour au pouvoir ? Déjà, les gouvernements s'approprient les idées écologistes pour imposer des mesures autoritaires, en jouant sur la faveur de ces principes. Il faut aussi reconnaître que les théories écologiques jouent sur les peurs et le catastrophisme qui sont propices à des mesures autoritaires et répressives. Le formalisme démocratique de certains militants est sans doute une précaution utile. Mais les habitudes politiciennes sont tenaces et le pouvoir corrompt. La généralité de la problématique écologique pourrait favoriser les tendances totalitaires et les mauvaises habitudes des vieux gauchistes omniprésents chez les écolos.

Politique et société civile

Le mode d'organisation en question dans ces assises me semble un peu trop favoriser le politique, dans la traditionnelle stratégie gauchiste de construction du parti. Le problème n'est pas la subordination de la société civile à la pratique militante. C'est presque le contraire. Le problème est de sortir du « tout politique ». Les débats sociétaux, environnementaux, politiques, économiques, ne sont pas déjà tranchés par une plate-forme qu'il suffirait d'appliquer.

Ces débats ne sont pas clos et c'est précisément par les débats que les idées écologiques peuvent continuer de se diffuser. J'ai déjà souligné à propos du changement climatique et de sa contestation qu'on gagnerait à diffuser les connaissances scientifiques pour permettre le débat informé de la part des citoyens. L'antiscientisme qui règne souvent chez les écolos ne doit pas condamner la méthode scientifique de confrontation des idées, quand elle est réellement appliquée. La confrontation des idées dans la politique est structurellement partisane, dogmatique et clientéliste. Une adhésion suiviste ne peut pas être un critère.

Les écolos français ont une vision souvent trop léniniste de conquête du pouvoir. C'est aussi ce qui signifie leur antilibéralisme gauchiste. Ils se méfient des initiatives individuelles et exigent une action collective qui risque de n'arriver jamais s'il faut attendre d'avoir convaincu tout le monde. D'où leur rêve d'imposer autoritairement des solutions bureaucratiques. En attendant, les innovations écologiques seront développées ailleurs.

La question posée dans ces assises est de toute façon déjà tranchée : tout le monde n'a pas envie de faire de la politique, et d'ailleurs, ce ne serait pas possible sans instaurer une rotation des tâches. D'un point de vue organisationnel, il serait préférable de tolérer, voire d'encourager le pluralisme interne qui multiplierait les initiatives. Cette dynamique fournirait un canal de diffusion des expériences par l'échange au lieu de favoriser le conformisme. Ce serait un lieu de rencontres créatives au lieu d'être un panier de crabes visant à l'enrégimentement.

Il faut penser l'échelon intermédiaire entre l'individu isolé et l'action politique. Il est donc nécessaire de traiter des autres pratiques professionnelles que celle de la politique. La popularité actuelle de l'écologie devrait permettre une approche moins idéologique et plus concrète, où les individus apprécieraient une application directe et bénéficieraient immédiatement des bonnes pratiques. Ce qui fait référence à l'initiative privée, commerciale ou industrielle en particulier, et non seulement associative, qui est trop dépendante des subventions issues de la politique.

Ce sont aussi les bonnes pratiques et les expérimentations qui permettent aux gens de participer et de percevoir si les solutions écologiques leur conviennent. Ce n'est pas à un parti de décider pour eux. Comme dans le cas des paysans, c'est par l'exemple et l'imitation du voisin que ces pratiques sont adoptées.

Jacques Bolo

courrier Recommander cette page à un ami

Voir aussi :
Soutenez
la revue Exergue
Tous les articles
Références
Critiques

IA
Méthodologie
Culture
Ecologie
Economie
Education
Ethnologie
Relativisme
Société
Europe
Turquie
Démocratie
Sciences
Histoire
Photos
Urbanisme
Sociologie
Reportages
Linguistique
Philosophie
Internet
Politique
Humour
Racismes
Femmes
Démographie
Conneries
Peurdesmots
Médias
Religion
Social
Sports
Carnet
AccueilBall© 2005- Exergue - ParisBallLégalBall Ball Partenaires Ball Contacts