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Politique - Janvier 2010

Pendre Blair !

La commission Chilcot, chargée d'enquêter sur l'intervention britannique en Irak de 2003, « n'est pas un tribunal », comme l'a dit son président. À quoi sert-elle, alors ? Est-il admissible de déclencher une guerre illégale, selon le droit international, pour intervenir contre un État souverain, en lui reprochant de posséder des armes de destruction massives qui n'existent pas, prétendument déployables en 45 minutes (sans prendre le risque d'en subir les conséquences puisqu'on sait qu'elles n'existent pas), ainsi qu'une complicité inexistante avec Oussama Ben Laden pour faire bonne mesure ?

Accessoirement, on reproche aussi à l'ancien dirigeant de l'Irak, Saddam Hussein, d'avoir été un dictateur et d'avoir commis des crimes contre son peuple, en particulier le gazage de villages kurdes. Blair se défendra devant la commission en imputant à Saddam Hussein les morts de la guerre contre l'Iran. Ce reproche serait plus crédible si l'Occident n'avait pas soutenu ce même dictateur à cette époque, fourni la technologie et les armes et le gaz de combat. En 1991, les soulèvements des chiites et des Kurdes avaient même été réprimés avec l'aval de l'armée américaine.

La coalition a voulu instaurer la démocratie, au prix d'environ un million de morts, de l'exécution des dirigeants irakiens, d'affrontements communautaires internes, de graves atteintes aux droits de l'Homme de la part de la coalition (qui ne valent guère mieux que celles de Saddam Hussein). On prend surtout le risque d'une extension du terrorisme et d'une déstabilisation du pays et de la région, comme l'avaient souligné ceux qui ont refusé de participer à cette guerre d'Irak, dont la France.

Et tout cela vient après une première guerre déclenchée par une coalition plus vaste pour rétablir la monarchie du Koweït, pays issu d'un partage du territoire irakien par l'ancienne puissance coloniale, déjà le Royaume-Uni. Cette guerre avait été suivie de sanctions qui ont affamé le pays pendant plusieurs années, ponctuées de bombardement de la coalition. Et on envisage aujourd'hui une nouvelle guerre contre l'Iran, plus ou moins pour les mêmes raisons géopolitiques de la montée en puissance de ce pays. Ce qui avait causé la guerre menée par Saddam Hussein lui-même.

Cette deuxième guerre du Golfe a été la croisade d'un Blair, converti récent au catholicisme comme Bush était un « born again ». En 1994, Tony Blair disait, comme Bush, que le monde se divise entre « le bien et le mal », et devant la commission, que Saddam Hussein était un « monstre » qui incarne « le mal ». Les dirigeants occidentaux de l'Amérique et du Royaume Uni étaient bien des « fous de Dieu ». La véritable raison de cette guerre est bien celle du choc des civilisations, de la part de ceux qui incarnent le fanatisme dans chacune d'elles. Et les autres suivent !

La différence de Blair et Bush avec les terroristes islamistes est simplement que la démocratie suppose cette participation collective et un consentement de l'opinion. Ce consentement permet de diluer la responsabilité des dirigeants. La démocratie est devenue un système généralisé d'« irresponsabilité des responsables » (politiques et économiques) qui produit sciemment une communication biaisée, et qui ne connaît pas de sanction.

L'inconvénient est évidemment que les victimes de ce système politique et économique considèrent le système démocratique comme illégitime dans son ensemble, qu'il s'agisse de l'opinion des pays démocratiques contre ses gouvernants ou de l'opinion des pays pauvres contre l'Occident. C'est toute la justification des terroristes.

Il faut en finir avec l'impunité de ceux qui prennent ce genre de décision si on ne veut pas que la chaîne des responsabilités soit explorée plus avant, en considérant que la complicité des exécutants ou des citoyens passifs est engagée. Puisqu'un véritable procès n'a pas lieu, et qu'on connaît le résultat à l'avance comme celui de Saddam Hussein, pendre Blair, Bush, Rumsfeld, Powell et quelques communicants, sans autre forme de procès, serait un bon début.

Jacques Bolo

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